par le docteur George R. HENSHAW.
Ancien maître de stage en pharmacologie au Collège médical
de New York et à l'Hôpital des Fleurs de la 5ème avenue.
Ex-président de l'Institut américain d'homéopathie
et du Congrès médical pan-américain d'Homéopathie.
Les éditions HELIOS (France) tel: 05 63 42 19 00, où vous
pouvez commander le volume complet. Titre original "A scientific
approach to homeopathy". Première édition en 1980,
imprimée aux Etats Unis d'Amérique, par Exposition Press
(Hicksville, New York) .
SOMMAIRE :
- Introduction.
- Nouvelle
méthode de détermination du similimum par un test sérique
de floculation.
- Exposé
de cas.
- Substances
sans pathogénésies utilisées comme remèdes
homéopathiques.
- Un
regard neuf sur l'homéopathie.
Le mot Médecine est un terme général qui désigne le diagnostic et le traitement des malades. C'est la science et l'art de la prévention, de la guérison et du soulagement des symptômes, de toute anomalie décelable. Toute cause qui perturbe une physiologie normale est interprétée comme une maladie et diagnostiquée en tant que telle.
Le docteur Samuel Hahnemann savait parfaitement que tout changement physiologique aboutit à une maladie. L'un de ses premiers postulats fut :"La plus noble et l'unique mission du médecin est de rendre la santé aux malades". C'est au cours de ses premières années d'exercice qu'il acquit la conviction que les méthodes de médecine générale, pratiquées au dix-huitième siècle, étaient dans une large mesure inappropriées ou inefficaces. Découragé par cette aspect grossier de la médecine, il renonça à exercer en clientèle pour rechercher d'autres moyens de traitement. Déjà à cette époque il imaginait un changement radical de la médecine en tant que manière de soigner les malades.
Après une étude longue et approfondie de la pharmacologie, de la toxicologie et de la matière médicale de son temps, il commença ses expérimentations. Sa première et plus renommée eut lieu en 1790, sur l'extrait de l'écorce de Quinquina, médicament extrêmement puissant connu à présent sous le nom de quinine. Il fit l'expérience d'abord sur lui-même, en absorbant de grandes quantités de ce médicament et se créa ainsi artificiellement un état pathologique se manifestant par des accès de frissons et de fièvre. D'autres expériences s'ensuivirent. A partir de ce moment là, il se consacra entièrement à la recherche clinique et en 1796, il énonça sa maintenant célèbre loi "Similia similibus curantur", c'est à dire : les semblables sont guéris par les semblables.
En même temps qu'il se livrait à ces expériences, il écrivait de nombreux articles médicaux, mais ce ne fut qu'en 1808 que le mot "homéopathie" apparut pour la première fois dans la littérature médicale, et ce dans un article de Samuel Hahnemann s'intitulant "Conseils pour l'utilisation homéopathique des médicaments dans la médecine générale", publié dans la revue d'Hufeland en Allemagne. Pendant presque cinquante ans, de 1790 à 1839 , il se livra à des expérimentations sur quatre-vingt dix neuf médicaments et nota ses observations de leurs actions sur le corps humain. Les notes figurant dans "La matière médicale pure" et "Les maladies chroniques" d'Hahnemann, représentent, d'après le docteur William Boericke dans son introduction à la traduction de la sixième édition de l'Organon d'Hahnemann, "de loin les travaux de recherche les plus précis et les plus riches qu'un observateur ait menés dans toutes les annales de l'histoire de la médecine" (avant ou après Hahnemann).
Hahnemann était un chercheur persévérant et infatigable, qui s'était donné comme but premier de rechercher la cause de la maladie et un moyen de l'éliminer. Il disait "Supprimez la cause des effets et vous supprimez la maladie". Ce postulat résume le sens donné actuellement à l'homéopathie. Supprimez la cause, en tout premier lieu les poisons qui se trouvent dans le sang, et en supprimant la maladie vous provoquez la guérison. Mais la cause peut s'avérer singulièrement compliquée, et à l'époque où il énonçait son postulat, il pouvait ne pas en avoir réalisé toutes les implications. Car en plus des toxémies, il convient de prendre en compte de nombreuses irrégularités du métabolisme, dont l'interaction d'anomalies dans la chimie du corps, le déséquilibre en hormones, en vitamines et en minéraux, et les effets secondaires de ces pathologies. Néanmoins, la toxémie étant à la base des maladies aiguës et chroniques, le principe du traitement s'apparente au retrait d'un corps étranger de la peau pour en permettre la guérison.
L'Organon cite une autre de ses observations majeures, qui s'est trouvée vérifiée, selon laquelle le remède actif n'a pas d'effet directement stimulant ou déprimant sur l'organisme. Il possède cependant le pouvoir d'éliminer les agents nocifs, tels que les toxines, les allergènes, etc... Il écrit en effet plus loin "Il n'y a de guérison que si la force vive du mal a été extirpée du corps", (la force vive du mal est vue comme un poison pathologique). De plus, ce "poison" peut altérer l'environnement cellulaire, et il a été démontré qu'il va provoquer une réaction du SRE, par son relargage au cours du processus de la guérison.
De1800 à 1900, un grand nombre de médecins confirmés
s'intéressèrent à cette nouvelle approche médicale
et en
devinrent les adeptes. De grandes quantités de produits nouveaux
et qui n'avaient pas encore été essayés firent l'objet
d'expérimentations, selon la méthode décrite par Hahnemann,
et les résultats en furent répertoriés et insérés
dans la Matière Médicale Homéopathique. Le début
du vingtième siècle fut le témoin d'expériences
complémentaires. Le professeur Albert Hinsdal, un chercheur éminent
du Collège de Médecine Homéopathique de l'Université
de l'Etat de l'Ohio, réalisa de nombreuses expériences en
cherchant une raison au comportement des remèdes, mais les résultats
de ses travaux ne se montrèrent pas entièrement concluants
quant à la réaction spécifique du remède.
Pendant les premières années où j'exerçais et réfléchissais aux expériences du professeur Hinsdale, ainsi qu'aux démonstrations de laboratoire en sérologie du professeur Stearn, lui aussi à l'Université de l'Etat de l'Ohio, il me vint à l'esprit qu'un poison du sang ou tout autre agent nocif d'aspect anodin provoquant une maladie pourrait être détecté grâce à une substance curative en dilution homéopathique, qui identifierait le poison en même temps qu'un remède particulier. Quelques années plus tard, dans les années 30, grâce à l'amitié du Président Claude A. Burrett, du Collège de Médecine Homéopathique et de l'Hôpital des fleurs de la Cinquième Avenue de New York, et sous la direction du Professeur Linn J. Boyd, Directeur du Département de Médecine, l'occasion me fut donnée de réaliser les travaux d'expérimentation qui débouchèrent sur la mise au point complète du test de Sensibilité du Sérum au Remède. Une brève description du test figure dans le Dictionnaire Médical Américain de Dorland sous le nom de "Test d'Henshaw", qui devait plus tard être connu comme les "Tests de sensibilité du sérum aux remèdes".
Le but de ce test de floculation est de révéler des informations additionnelles concernant le comportement des médicaments et de détecter le remède le mieux approprié à chaque malade. De plus, ces recherches ont donné la preuve que des remèdes qui ne sont que partiellement indiqués pouvaient contribuer à désassocier les toxines présentes dans l'environnement cellulaire des tissus concernés et aider ainsi au processus de guérison. Ceci pourrait expliquer l'amélioration constatée dans de nombreux cas où le remède homéopathique exact n'a pas été prescrit. Les déficiences ou les excès (par exemple de vitamines , de minéraux et d'hormones) devront faire l'objet de recherches ultérieures en ce qui concerne leur dosage.
A l'époque d'Hahnemann, personne ne se représentait, sans parler de l'étudier, l'action intrinsèque des métabolismes cellulaires. Ce ne fut pas avant le début du vingtième siècle que les combinaisons chimiques de la biologie - plus tard la cellule elle-même - firent l'objet d'études approfondies. Il est maintenant de notoriété publique que la molécule orientable de la vie, connue sous le nom d'ADN, dirige la formation des molécules de protéines compliquées qui conditionnent le fonctionnement du corps et la construction des tissus. Il est maintenant possible de comprendre comment un toxique (poison) d'aspect anodin peut conduire des cellules ou des tissus à changer de comportement, ou bien peut les modifier pour créer une symptomatologie typique, le changement pouvant être lésionnel si les structures même de la cellule viennent à être endommagées.
La publication des documents qui suivent accompagne le développement
d'un intense travail de recherche personnelle visant à mettre au
point une méthode pratique de détection de la cause première
de toute maladie ou affection. Il a été prouvé, grâce
à des expériences répétées, que ce procédé
justifié par les résultats obtenus (présentées
d'ailleurs dans diverses revues médicales), est une méthode
rationnelle pour soigner les cas graves.
Nouvelle méthode de détermination du similimum par un test sérique de floculation
Lu devant le bureau des pathogénésies, à la quatre-vingt septième convention annuelle de l'Institut américain d'homéopathie, à Cleveland, en juin 1931. Extrait du "Journal de l'institut américain d'homéopathie" de septembre 1932
Depuis les débuts de l'homéopathie, il existe une seule
méthode de sélection du médicament approprié
à chaque malade. Bien qu'en théorie cette méthode
soit basée sur l'ensemble des symptômes, elle se limite en
fait essentiellement aux symptômes subjectifs. Le malade décrit
ses symptômes qui, naturellement, se composent presque exclusivement
de plaintes subjectives, ce qui entraîne une analyse subjective des
dites descriptions par le médecin. La prescription se trouve donc
basée sur les descriptions du malade, vagues et prêtant souvent
à confusion, et sur le jugement du médecin qui inévitablement
se trouve souvent influencé par son expérience antérieure
ainsi que d'autres facteurs trop complexes à analyser. De toute
façon le résultat manque de certitude et conduit fréquemment
à des différences d'opinion quant aux besoins réels
du malade.
La médecine en général a régulièrement
évolué vers des méthodes objectives, devenant ainsi
plus scientifique et sujette à démonstration. L'homéopathie
se doit également de progresser dans cette voie scientifique si
elle veut être largement reconnue. Cependant, pour être les
meilleures, les méthodes homéopathiques doivent prendre en
compte les phénomènes objectifs, et qui plus est des facteurs
qui pris isolément n'ont que peu de signification, tels que température,
numération globulaire, résultats d'analyse d'urine, etc ...
à condition que ce soit en conjonction avec des phénomènes
d'une nature plus générale et néanmoins spécifique.
Bien que les premiers aient leur importance, ils ne sont pas en eux-mêmes
déterminants et devraient servir davantage à suivre le progrès
du traitement qu'à le prescrire.
Pour en arriver là , la maladie doit être abordée sous deux angles :
1/ les effets induits par
la maladie elle-même,
2/ les réactions
propres au malade.
Les deux représentant la totalité du cas. Pour ce qui est des réactions propres au patient, la méthode classique pour appréhender un cas revient à exploiter dans leur intégralité les manifestations subjectives. Les manifestations objectives, pour autant qu'elles se traduisent par des changements dans les cellules et les fluides du corps, se trouvent en grande partie ignorées, pourtant la guérison passe par leur intermédiaire. De part sa nature chimique, sa capacité d'absorption, sa surface d'échange et ses innombrables autres qualités, le flux sanguin est de la plus haute importance. Il semble donc que notre méthode de sélection des médicaments doit être basée sur un test sanguin, et en particulier sur quelques-uns de ses phénomènes spécifiques.
Il existe à l'heure actuelle tout un éventail de réactions sérologiques, telles que les tests de coagulation, de précipitation, de floculation et de fixation du complément. Mais un test, pour être pratique et trouver un emploi général, ne doit être ni trop compliqué ou long, ni requérir un appareillage coûteux ou des réactifs trop difficiles à se procurer ou à fabriquer. Pour en étendre l'application, il ne doit pas exiger de l'utilisateur beaucoup de connaissances ou de formation. Le test de floculation répond à ces exigences, de plus il est couramment employé dans l'identification spécifique des substances biologiques. Parmi les tests disponibles, le test de floculation fut donc perçu comme offrant plus de possibilités que les autres méthodes. Si un tel test pouvait être mis au point, il procurerait un résultat objectif d'importance et constituerait un "plus" extrêmement précieux au processus de choix du remède homéopathique, et nous disposerions d'une méthode objective pour déterminer le similimum et faire la preuve de son efficacité.
Afin de mettre ces idées en application, il fut décidé de mener une étude préliminaire avec le cyanure de mercure et la toxine diphtérique. La toxine diphtérique est disponible en solution standardisée. De même Mercurius cyanatus est un composé chimique relativement simple, disponible à un taux de pureté élevé et se prêtant facilement aux méthodes quantitatives. De plus, Mercurius cyanatus jouit d'une réputation clinique enviable dans le traitement de la diphtérie, résultant aussi bien de son utilisation avant l'ère de l'anti-toxine que de son utilisation actuelle en association avec cette dernière.
Il existe diverses théories sur le mécanisme du fonctionnement de l'anti-toxine diphtérique, parmi elles prédomine l'action de type chimique. C'est à dire que l'anti-toxine se combine avec la toxine comme un acide à une base. Si l'on prend comme hypothèse qu'un acide particulier s'unit à une base donnée, la spécificité de la réaction se trouve expliquée. Vue sous cet angle, il est impossible de comprendre l'action du Mercurius cyanatus sans accepter qu'il stimule d'une certaine manière la formation d'anti-toxine.
On peut cependant mentionner ici une autre théorie, à savoir que l'action serait de nature physique et non chimique. On peut l'expliquer à l'aide d'un exemple. Si on dissout de l'atropine dans de l'eau et que tout de suite après l'on mette des têtards dans cette solution, les animaux meurent en quelques secondes. Si par contre, on laisse reposer quelques jours cette solution avant d'y mettre les têtards, les animaux ne s'en montrent pas affectés, même après dix-huit heures d'immersion. La solution ancienne diffère donc d'une certaine façon de la solution fraîche. Si on ajoute à la solution ancienne une petite quantité d'hydroxyde de sodium les têtards meurent en quelques secondes, comme dans le cas de la solution fraîche. Si on examine cette expérience d'un peu plus près au moyen d'un ultramicroscope, voici ce que l'on observe : dans la solution fraîche, les colloïdes ou particules de taille inférieure au micron se trouvent dans un état extrêmement dispersé et des milliers de particules s'agitent aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du champ d'observation. Si on examine la solution ancienne, on y voit quelques grosses concentrations de molécules et pas de particules de taille inférieure au micron. Si maintenant on ajoute une goutte d'hydroxyde de sodium, les concentrations d'atropine se dispersent et la solution devient à nouveau active. En d'autres termes, l'activité de l'atropine dépend dans ce cas de facteurs physiques.
Si nous revenons à présent sur notre problème de diphtérie, on peut avancer qu'en plus de la possibilité d'une réaction chimique spécifique entre la toxine et l'anti-toxine, il est également possible que toute substance qui peut provoquer l'agrégation colloïdale de la toxine, dénommée floculation, puisse rendre la toxine inopérante. On pourrait ainsi admettre que le Mercurius cyanatus ou un produit apparenté pourrait provoquer une réaction de floculation avec la toxine : comme nous ne souhaitons expliquer aucun des phénomènes que nous sommes sur le point de relater, cet aspect-ci ne sera pas traité en détail dans cet exposé préliminaire.
Bien que nous pensions que le test ait un grand potentiel, il semble préférable de ne s'en tenir pour le moment qu'à des observations générales. La technique détaillée du test a été communiquée à d'autres chercheurs afin qu'il puisse être convenablement contrôlé et nous l'exposerons dans une communication ultérieure. Bien entendu, nous devrons attendre pour cela confirmation de nos résultats par des chercheurs indépendants.
Au commencement de l'expérience mettant en jeu Mercurius cyanatus et la toxine de la diphtérie, plusieurs dilutions différentes de chaque agent furent préparées, avec comme diluant du sérum physiologique stérile ordinaire, ainsi que différentes concentrations de Mercurius cyanatus allant de 2 à 30 X. Le sérum physiologique fut employé avec l'intention de simuler le solvant normal des fluides du corps humain, rapprochant ainsi la réaction du test de ce qui pourrait se passer à l'intérieur du corps. D'autres diluants, tels que l'eau distillée et l'alcool dilué furent essayés sans succès. Chacune des dilutions de l'agent toxique fut ajoutée en couche sus-jacente aux diverses dilutions et concentrations de l'agent médicinal. Dans certains des tubes à essai un anneau de floculation apparut nettement à la ligne de contact.
Ceci conduisit à de nouvelles expériences destinées à produire la floculation présentant le contraste le plus accentué. Des concentrations essayées, c'est la 6 X qui donna les meilleurs résultats. Dans l'étape suivante, l'agent toxique fut ajouté à du sérum sanguin prélevé sur un individu normal et examiné avec des résultats similaires. On entreprit ensuite d'autres expériences qui mirent en jeu du sérum sanguin de malades comme agent toxique et les remèdes les mieux indiqués comme agents médicinaux.
Au début, les difficultés les plus importantes rencontrées furent la lecture de la floculation et la synthèse du cas de façon à englober tous les remèdes appropriés possibles. Après avoir mené à bien un nombre satisfaisant de tests, on observa que l'on était en présence de trois types de résultats :
1 une floculation blanche à la ligne de contact, nette et dense : dans les cas aigus la floculation blanche et dense à la ligne de contact est particulièrement accentuée, et au cours du test ce sont les concentrations 3X et 6X qui l'ont le mieux provoquée. On considère cet anneau comme une réaction positive au médicament. Il faut habituellement moins de trente minutes à cet anneau pour se former.
2 une bande moins nette et plus légère, qui s'élargissait à travers le sérum sus-jacent : le deuxième type de bande décrit, qui se développe dans le sérum sus-jacent, peut être identifié dans plusieurs tubes et particulièrement dans ceux qui contiennent des médicaments qui paraissent proches des médicaments appropriés. Cette réaction n'est pas considérée comme positive, à ceci près que les malades semblent réagir en partie aux médicaments produisant cette bande.
3 une bande plus dense qui s'élargissait plus rapidement à travers le sérum sus-jacent : la troisième bande, dense et qui s'élargit rapidement dans le sérum sus-jacent, est également considérée comme une réaction positive, particulièrement dans les cas chroniques. Elle peut également se produire dans des cas aigus de durée prolongée, lorsque la bande du premier type est absente. Il a été noté que plus le sérum est dilué et moins il apparaît de bandes légères, celles-ci se formant plus lentement. De plus, chaque médicament peut réagir avec sa propre intensité. L'importance de ces résultats sera étudiée plus en détails ultérieurement.
Plus le nombre de cas examinés augmentait et plus les résultats devenaient réguliers et fiables. Après avoir examiné soixante-quinze cas, on estima que le test méritait d'être étudié au laboratoire par l'expérimentation sur des animaux et des dispositions furent prises en ce sens au Collège de Médecine Homéopathique et à l'Hôpital des Fleurs de New York. En raison de nombreux problèmes apparus depuis lors, nous ne rendrons compte pour le moment que d'observations préliminaires. Cependant le succès clinique du test fut jugé si révélateur qu'il nous apparut revêtir une importance suffisante pour justifier cet exposé préliminaire.
Les premières expériences eurent pour but de mettre en
évidence des résultats négatifs ou positifs avant
et après
déclenchement artificiel d'une maladie. Etant donné qu'Auguste
Bier a mené des expériences approfondies sur Sulfur comme
remède curatif de la furonculose et l'a trouvé efficace dans
un pourcentage élevé de cas, il fut décidé
de provoquer des abcès similaires chez les animaux utilisés,
en leur administrant des injections sous-cutanées de staphylocoques
dorés pathogènes.
Pour cette expérience préliminaire, on sélectionna des lapins et on utilisa vingt-deux médicaments couramment prescrits contre des inflammations locales aiguës purulentes, dont Sulfur. Ces produits furent préparés au moment des tests par les docteurs Boericke et Tafel. Le lot se composait de cinq lapins apparemment sains. Au premier examen avant l'injection, le lapin n° 1 montra une réaction positive (+) à Baptisia et Graphites. On découvrit qu'en dépit de leur bonne santé apparente les lapins les plus vieux pouvaient provoquer une légère floculation, peut-être à cause d'anciennes infections non dépistées. Les lapins les plus jeunes ne présentaient que peu ou pas de floculations, deux d'entre eux montrant des réactions totalement négatives aux médicaments employés.
A la suite de ce premier examen, on inocula au lapin n°1 un centimètre cube de staphylocoques en suspension moyennement opaque dans du sérum physiologique, et au lapin n°2 un dixième de centimètre cube de la même suspension. Les deux lapins survécurent, mais seul le n° 1 développa des abcès. Ces abcès furent mis en culture et jugés positifs, ayant développé une colonie pure de staphylocoques dorés pathogènes. Quatre jours après l'injection, sa température était de 40,3°. Cinq centimètres cubes de sang furent alors prélevés et examinés comme précédemment. Les résultats furent Belladonna (++++), China et Echinacea (+++), Mercurius solubilis, Kali iodatum et Sulfur (++). Le lapin n°2 ne fut pas examiné car il ne produisit pas d'abcès en raison de la petite quantité de liquide injecté.
Onze jours après l'injection, le sérum du lapin n°1 fut de nouveau examiné. L'abcès était légèrement plus gros, mais la température était tombée à 38,2°. Cette fois les résultats furent négatifs à Belladonna, à nouveau positifs (++) à Sulfur et (+) à Calcarea sulfurica, Kalium iodatum, Echinacea et China. Vingt-cinq jours après l'injection les abcès continuaient à s'étendre légèrement. La température était de 38,8°. A l'examen, les résultats se montrèrent plus nettement positifs que précédemment à Sulfur, certains des autres médicaments entraînant une légère floculation.
Les lapins n°3 et 4 furent examinés avant injection, leur température étaient respectivement de 39,9 et 38,7°. Le n° 3 réagit négativement à tous les médicaments. Le n°4 donna (+) avec Kali iodatum, Rhus toxicodendron et Sulfur. Tous deux reçurent une injection d'un centimètre cube d'une suspension de staphylocoques légèrement plus dense que la première utilisée. Le n°4 fut découvert mort soixante heures après l'injection. Le n°3 avait un petit abcès à l'endroit de la piqûre et une température de 39,4°. Aucun autre effet ne fut noté. L'examen révéla (+) avec Belladonna, Calcarea sulfurica, Kalium iodatum, Rhus toxicodendron et Sulfur. Le lapin n°5 fut examiné sans injection avec des résultats négatifs.
Nous sommes pleinement conscient que les expériences ci-dessus ne revêtent pas un caractère décisif et ne mettent pas en jeu des lots importants d'animaux. D'un autre coté, elles s'avèrent plus révélatrices que nous ne l'attendions car l'application du test sur l'animal impliquait certaines difficultés expérimentales non encore rencontrées dans les cas cliniques. Nous avons néanmoins pensé qu'elles méritaient d'être mentionnées.
Il est intéressant de remarquer chez le lapin infecté, le changement de remède actif, de Belladonna à d'autres substances, à mesure que l'abcès devenait plus ancien. Il est également intéressant d'observer que des animaux présumés identiques peuvent s'avérer différents et même être porteurs d'une maladie non dépistée
Tout au long de l'année passée, nous nous sommes principalement
attachés à comprendre quelques unes des caractéristiques
les plus courantes du test et à revoir les travaux précédemment
accomplis sur le déclenchement artificiel de maladies chez l'animal.
Les conditions dans lesquelles le test se montre particulièrement
applicable sont :
1 - quand il n'y a pas d'indications
précises en faveur d'un remède particulier,
2 - les maladies aiguës
qui développent des complications,
3 - les états de
crise qui ne réagissent pas à des médicaments
apparemment bien choisis,
4 - tous les cas aigus,
à caractère sérieux, afin de vérifier la
prescription (provoque-t-elle une réaction
complètement positive ?),
5 - tous les cas chroniques
qui justifient un traitement,
6 - les cas bénins
(à un stade infra-clinique) où les symptômes sont vagues
et ne permettent pas d'établir une similitude complète du
cas.
Au cours du traitement des cas, on a observé que la dose
devait être faible sans être renouvelée trop fréquemment.
Ceci est particulièrement important dans les cas chroniques. De
plus, le remède ne devrait pas être continué après
arrêt d'amélioration ou d'évolution favorable de l'état
général du malade, mais un autre test devrait être
fait afin de poursuivre le traitement. Dans les cas aigus une amélioration
devrait se manifester très rapidement après la prise du remède.
Une amélioration immédiate n'est pas inhabituelle mais un
amorce d'amélioration doit apparaître dans les premières
vingt-quatre heures. Il y a des exceptions, comme les infections aiguës
et généralisées et les maladies chroniques, qui masquent
une maladie aiguë, ou ont affaibli profondément les mécanismes
de défense des tissus du malade.
Cas 1. A.B…., un homme de trente trois ans, était atteint de coryza provoqué par un temps froid et humide. Il présentait un écoulement nasal aqueux, une inflammation de la muqueuse nasale et une légère toux d'irritation. La réaction biologique ne fut positive qu'à Bryonia. On lui donna Bryonia 6X, qui entraîna une amélioration immédiate et le jour suivant le malade était débarrassé de ses symptômes de rhume.
Cas 2. G.B.…, dix neuf ans, était atteint de broncho-pneumonie. Il eut de la fièvre pendant dix jours. Sa température rectale la plus élevé fut de 39,5°. Après le troisième jour il fut pris d'un léger délire avec fixité du regard. Le délire diminua avec l'arrêt de la fièvre, mais la fixité du regard, la perte de mémoire et l'anorexie continuèrent. On lui fit une prise de sang le treizième jour, après que des remèdes apparemment tout à fait indiqués se soient montrés sans effet. Le test donna une réaction positive à Veratrum viride. C'est ce qui lui fut prescrit avec une amélioration immédiate qui se poursuivit jusqu'à complète guérison.
Cas 3. W.P…., un homme de cinquante et un ans, souffrait d'anthrax
multiples à la suite d'une grippe lorsqu'il fut vu par l'auteur
pour la première fois. Il avait 37,7° de fièvre et son
pouls battait à 74/mn. Il souffrait de vives douleurs dans les zones
concernées. Plusieurs furoncles superficiels se déclarèrent,
ainsi qu'un gros abcès périrectal, dans la région
de la prostate, accompagné de dysurie. Celui-ci fut incisé
et vidé. Les reins étaient sensibles avec dans les urines
du pus et des cylindres. Il était agité, souffrait d'aérophagie
et de gaz intestinaux. Son état s'aggravait s'il mangeait froid
et s'améliorait s'il mangeait chaud. L'auscultation thoracique était
mauvaise et il se sentait épuisé. Il avait toujours été
sujet à des furoncles indurés, ou qui se résorbaient
lentement. On lui donna Calcarea sulfurica et son état s'améliora
de façon remarquable. Plus tard, après interruption du traitement,
les symptômes réapparurent. On lui fit alors un test sanguin
qui montra une réaction
positive à Calcarea sulfurica, en concordance avec la prescription
antérieure et démontrant que la Matière Médicale
et le test se valent. Il guérit à la suite de cette prescription
et il s'est toujours bien porté depuis, à ceci près
qu'il doit avoir recours de temps à autre au même remède.
Cas 4. N.M…., une femme de quarante trois ans, était
atteinte de dépression mentale caractérisée et d'irritabilité
nerveuse et sensorielle. Elle devenait parfois surexcitée et
restait souvent éveillée la nuit pendant de longues périodes
au cours desquelles elle parlait abondamment. En période de nervosité,
elle souffrait et urinait fréquemment. Quand elle était lasse,
elle s'enrouait. Elle voyait devant ses yeux des tâches noires qui
ressemblaient à des poussières éphémères
et ce phénomène s'accentuait lorsqu'elle était nerveuse
ou surexcitée. Depuis l'année précédente ses
règles étaient anarchiques. Elle était frileuse, avait
froid aux mains et aux pieds et par moments ses mains étaient engourdies
et la picotaient. Par moments son visage s'empourprait par plaques irrégulières,
en particulier quand elle pensait à elle. Elle était constipée
et souffrait d'hémorroïdes qui empiraient après ses
règles, période pendant laquelle elles sortaient et saignaient
légèrement. Une numérotation globulaire complète
révéla : hémoglobine 60% ; érythrocytes : 5,
070 millions ; leucocytes : 10 000 ; polynucléaires : 77 %; petits
lymphocytes : 13 %; gros lymphocytes : 2 %; mononucléaires : 5 %;
éosinophiles : 3%. Sa tension artérielle : 19 - 17/ 12. On
lui trouva de l'albumine dans les urines. Ses amygdales, petites et enfoncées,
étaient parfois douloureuses. On en fit l'ablation. Son sang fut
testé et donna un résultat positif à (++++) avec Aurum
natronatum muriaticum et avec Mercurius corrosivus. On lui administra en
alternance ces deux produits qui entraînèrent une amélioration
générale. Cinq mois plus tard on fit un autre test qui donna
(++) avec Aurum natronatum muriaticum et (++++) avec Mercurius corrosivus.
On continua les médicaments trois mois, jusqu'à ce qu'il
n'y ait plus d'amélioration apparente. Elle présentait alors
comme symptômes mentaux marquants un abattement accompagné
de pensées suicidaires et un sentiment obsessionnel d'infériorité.
On examina de nouveau son sang. Cette fois-ci il montra une réaction
négative à Aurum natronatum muriaticum et à Mercurius
corrosivus et positive à Platina et Thuya. Son état se remit
à s'améliorer lorsqu'elle pris ces deux médicaments
et jusqu'à présent ce progrès s'est poursuivi.
Cas 5. G. J.… , une femme de cinquante trois ans, souffrait de convulsions depuis douze ans, de une à cinq attaques toutes les cinq à six semaines, à intervalles de deux à quatre heures ou plus. Elles commençaient généralement dix à quinze minutes après le coucher. Les convulsions étaient toujours précédées de crampes abdominales. Pendant la convulsion elle tombait dans un coma qui durait à peu près dix minutes, après quoi elle s'endormait pour se réveiller en toussant une demi-heure plus tard. Ces attaques étaient souvent suivies de maux de tête et de douleurs dans le bas de la colonne et dans l'abdomen. Son état empirait si elle se trouvait un tant soit peu contredite ou contrariée, elle se sentait alors faible et était atteinte de tremblements. Son appétit était irrégulier et elle était constipée. Elle n'avait jamais eu ses règles depuis la naissance de son fils, vingt et un ans auparavant. Le test sanguin donna une réaction positive à Kalium bromatum, qui amena une amélioration satisfaisante de son état. Ce cas, comme tous les cas chroniques, nécessite des tests répétés suivis de traitements appropriés pour atteindre les meilleurs résultats.
Cas 6. C.D…. , une jeune femme de vingt huit ans, contracta une laryngite subaiguë qui persista pendant deux semaines sans amélioration. L'enrouement s'aggravait à chaque utilisation des cordes vocales, ce qui, comme elle était chanteuse, était très fâcheux. On fit un test de floculation qui réagit positivement à Ammonium causticum. On lui donna Causticum en 3X à des intervalles de deux heures avec une nette amélioration au bout d'une journée et dès le deuxième jour elle était en état de poursuivre son tour de chant sans rechute.
Cas 7. Une femme de trente-six ans était atteinte de coryza et de pharyngite accompagnée d'une légère toux. On lui prescrivit Belladonna. Elle fut réexaminée deux jours plus tard, mais au lieu d'aller mieux, elle souffrait d'une aggravation générale des symptômes. Elle se plaignait alors d'un écoulement nasal abondant accompagné d'une sensation de brûlure et d'élancements dans toute la tête. Elle souffrait de douleurs fulgurantes et lancinantes et d'écoulements dans l'œil droit et l'oreille droite. Elle avait mal à la gorge et la déglutition était douloureuse. Elle toussait toujours légèrement et contrôlait alors mal sa vessie. Elle était parcourue de frissons mais n'avait pas de courbature. Elle avait froid aux mains et aux pieds. La sensation de froid commençait dans sa poitrine et irradiait jusqu'à la tête. On lui fit alors un examen de sang qui donna une réaction positive (++++) à Aconit. Ce médicament lui fut prescrit et le lendemain tous les symptômes régressèrent. Le deuxième jour confirma l'amélioration qui se poursuivit jusqu'à la guérison complète.
Cas 8. E.D…. , une jeune femme de vingt-sept ans avait touché du Sumac vénéneux une semaine avant l'apparition des symptômes. Elle remarqua tout d'abord de petites plaques d'urticaire et des cloques sur ses mains, ses avant-bras, ses genoux et ses jambes, qui empiraient au plus léger mouvement et au moindre contact qui déclenchait alors une intense démangeaison. La démangeaison se trouvait momentanément soulagée si elle grattait ou frottait les zones atteintes mais les papules et la rougeur empiraient. Son état s'aggrava régulièrement, jusqu'à ce que deux semaines après le contact avec la plante, elle se mit à souffrir de nausées et de vomissements. Cet état là ne dura qu'un jour et fut suivit de maux de tête et de vertiges qui empiraient dès qu'elle se mettait à bouger. A ce moment là (deux semaines après le contact) on fit un test qui donna une réaction positive à la fois à Rhus toxicodendron et à Anacardium orientale. Ils lui furent prescrits en 30 X et en alternance, à raison d'un comprimé toute les deux heures (soit une prise de chaque remède toutes les quatre heures). Tout d'abord une amélioration presque immédiate se manifesta après chaque prise de remède, mais au bout de quelques prises, les symptômes de la malade se mirent à s'aggraver après chaque prise de remède. Elle prit alors deux comprimés de chaque remède par jour, soit un comprimé quatre fois par jour, avec pour résultat une amélioration progressive et constante, et cinq jours plus tard elle était complètement débarrassée de ses symptômes.
On notera que les deux médicaments ayant réagit positivement dans ce cas appartiennent au même ordre, celui des anacardiacées. Il est intéressant d'ajouter que bien qu'il soit plus courant de prescrire les remèdes homéopathiques séparément, on remarquera que dans certains de ces cas où le test suggérait l'emploi de plus d'un remède, deux substances furent administrées en alternance. Quelque objection que l'on puisse faire sur le plan théorique à ce procédé, les résultats obtenus s'avèrent en fait plus concluants que pourraient le croire beaucoup de ceux qui emploient un seul remède à la fois.
Cas 9. C.M…. , une jeune femme de seize ans, enceinte de
six mois. Elle fut tout d'un coup prise de convulsions et se trouvait en
pleine crise lorsque l'auteur la vit pour la première fois à
5h30 de l'après-midi. Diagnostic : éclampsie. Elle était
très forte et de type lymphatique. Son visage avait un aspect tout
bouffi, son regard était fixe et elle écumait. Elle présentait
un léger œdème des pieds dont la peau était chaude
et sèche. Sa tension artérielle était de 160/120.
On traita les convulsions tout d'abord au chloroforme puis à la
morphine (dosée à 3 centigrammes). Vu son aspect général,
sa peau chaude et sèche et la soudaineté de l'attaque, on
lui administra en alternance Apis mel. et Aconitum. Un obstétricien
fut appelé en consultation. A minuit, elle était toujours
sans connaissance, bien que n'ayant pas eu de nouvelles convulsions
depuis environ 7h 30 du soir, mais on jugea bon de l'hospitaliser. Dès
son admission, on lui administra du bromure de sodium à haute dose,
de l'hydrate de chloral (à 6 décigrammes par voie rectale)
et de la morphine (à 1,5 centigrammes) à la demande, contre
les convulsions, ainsi que des irrigations du colon à l'eau tiède.
A cause de ces prescriptions, le
traitement homéopathique fut interrompu. Le lendemain matin
son aspect et son état général avaient empiré,
avec rétention d'urine et prolongation de la perte de conscience.
On lui plaça une sonde urinaire. L'après-midi son état
s'étant encore détérioré avec un pouls très
rapide : une saignée de 500 cc fut pratiquée pour faire baisser
la tension. On fit alors un test de floculation qui donna la même
réaction positive à trois remèdes : Apis, Gelsemium
et Belladonna. Le lendemain matin l'amélioration était si
nette qu'il était difficile de réaliser qu'un tel changement
fut possible. Elle repris conscience, recommença à uriner
normalement et sa tension revint progressivement et régulièrement
à la normale. L'albumine (++++) et les cylindres disparurent des
urines, et six jours après le début des symptômes,
elle donna le jour sans difficulté à un fœtus mort-né,
sans qu'il y ait eu besoin de provoquer l'accouchement. Par la suite sa
convalescence ne se déroula pas aussi bien car elle fut atteinte
d'une pyélite, vraisemblablement causée par la sonde urinaire,
suivie d'une bronchite provoquée par un courant d'air dans la chambre,
et juste avant la date prévue pour son départ d'une légère
phlébite fémorale, mais qui conserva un caractère
bénin.
Cas 10. J.F…. , une petite fille de huit ans, souffrait
depuis l'âge de onze mois d'une pyélite qui se manifestait
par des poussées aiguës à intervalles variables. Le
bilan urinaire décela la présence d'albumine, de cellules
et de pus. Depuis 1931, en plus de l'albumine et du pus, ses analyses urinaires
révélaient à chaque fois des micro-calculs. Elle était
alors petite et fluette, d'un poids au-dessous de la moyenne et elle avait
le teint bistre. Elle avait une dentition fragile et les gencives qui saignaient
facilement. Elle souffrit d'abcès dentaires pendant plusieurs mois
d'affilé. Elle avait été, par le passé, sujette
à de fréquents épistaxis, mais allait mieux de ce
point de vue. Elle avait un petit appétit et préférait
les hydrates de carbone, en particulier les bonbons et les bananes, à
toute autre nourriture. Elle aimait certains fruits, par exemple les pommes
crues, mais par goût n'avait jamais mangé de légumes.
N'ayant jamais soif , elle ne buvait jamais beaucoup d'eau. Elle avait
toujours froid. Elle aimait déambuler nue, mais se refroidissant
vite, elle devait s'habiller pour garder sa chaleur. Elle était
d'un naturel affectueux et agréable quand elle se sentait bien et
reposée, mais elle se fatiguait vite et manifestait alors une irritabilité
prononcée, en particulier lorsqu'elle était malade. En juin
1932 un pédiatre diagnostiqua une
pyélonéphrite chronique. Son sang fut alors examiné
et montra une réaction positive à Magnesia muriatica. Ce
médicament lui fut prescrit en 6 X à raison d'un
comprimé par jour. Un mois plus tard, il fut noté une amélioration
générale de ses symptômes. Deux mois plus tard, l'amélioration
se poursuivant, le médicament fut arrêté. Elle fut
examinée en décembre 1932 et ne manifestait alors aucun de
ses symptômes antérieurs. Elle mangeait et profitait normalement.
Le 20 mars 1933, son analyse urinaire donnait : densité : 1.021;
couleur : jaune clair et limpide; réaction : acide; albumine : néant;
sucre : néant; acétone : néant; acide acétique
: néant; bilirubine : néant; leucocytes : en petit nombre;
calculs : néant. Le 29 mai 1933 son analyse donnait : densité
:1.013; couleur: jaune paille et limpide; réaction : alcaline; albumine
: néant; sucre : néant; acétone : néant; acide
diacétique : néant; bilirubine : néant; leucocytes
: occasionnels et calculs néant.
Cas 11. M.C…. ; une femme de quatre-vingt un ans contracta
une infection des voies aériennes supérieures le 5 janvier
1933, conséquence d'un état d'épuisement général,
qui évolua très tôt en bronchite. A cette époque
ses symptômes étaient une faiblesse, une toux superficielle
avec irritation rétrosternale, un enrouement et un léger
chatouillement dans la gorge. On lui donna tout d'abord Gelsemium et ensuite
Phosphorus. Pendant un certain temps sa bronchite empira mais aucun signe
de pneumonie n'apparut. Le quatrième jour, elle se plaignit d'une
douleur dorsale dans la région thoracique inférieure et la
région lombaire supérieure, atténuée par le
repos. La bronchite persistait tout en ayant changé de caractère.
On lui donna alors Bryonia mais sans amélioration notoire. Le 19
janvier, elle se mit à se plaindre d'une douleur et d'une enflure
de son poignet droit. En plus de la bronchite, on diagnostiqua une fièvre
rhumatismale. Sa toux était devenue spasmodique et elle était
prise de pénibles quintes qui duraient environ une heure et commençaient
habituellement entre 8 et 9 heures de soir.
On lui donna alors Rhus toxicodendron. Le 21 janvier les douleurs et
l'enflure avaient gagné les autres articulations et se traduisaient
par des élancements violents. La zone la plus douloureuse et la
plus enflée s'étendait depuis la cheville jusqu'à
7 centimètres au dessus du genou droit. Tout mouvement, contact
ou poids aggravait la douleur. Elle était agitée, mais n'osait
pas bouger à cause de la douleur qui empirait entre 3 et 6 heures
du matin. Sa peau était sèche et ne présentait jamais
aucune trace de transpiration. Le début de l'inflammation des articulations
marqua l'amélioration de la bronchite et elle souffrit moins de
sa toux. Le rythme cardiaque s'accéléra et elle manifesta
une tachyarythmie prononcée. Elle avait une sensation d'épuisement
au moindre effort. A ce moment là, le test sérique révéla
des réactions également positives à Cactus grandiflorus
et Capsicum. On lui donna ces remèdes en concentration 6 X et en
alternance, un comprimé de chaque toutes les deux heures. Dès
le lendemain son état s'était amélioré à
tous les niveaux. Le rythme cardiaque fut le premier à réagir
au traitement, étant devenu régulier et moins rapide en
trois jours. Les douleurs et l'enflure des articulations diminuèrent
de jour en jour jusqu'à complète guérison et la bronchite
disparut entièrement. A coté de cet état aigu, une
douleur des hanches, dont elle souffrait depuis plus de dix ans, plus prononcée
à gauche, s'estompa progressivement et finit par disparaître.
Ce cas prouve sans ambiguïté l'avantage qui peut être
retiré d'une prescription exacte et le soulagement rapide et continu
qui peut en être attendu.
Cas 12. Un jeune homme de trente-quatre ans, qui avait passé
ses dix dernières années comme compositeur dans une pièce
où l'on fondait souvent du plomb, fut admis à l'Hôpital
des Fleurs de la cinquième avenue, à New York. Il était
gravement atteint d'une maladie cardio-vasculaire et rénale à
un stade extrêmement avancé, avec hémorragies et dyspnée.
On réalisa le test sérique avec le but précis de détecter
toute réaction au plomb ou à ses composés. Le chromate
de plomb à 5 X (1/100 000) révéla une forte réaction
(++++). Malheureusement il était moribond et il expira deux semaines
plus tard. Une autopsie confirma qu'il était mort d'un empoisonnement
au plomb, révélant l'exactitude du test de sensibilité
sérique aux remèdes.
Substances sans pathogénésies utilisées comme remèdes homéopathiques
Il existe de nombreuses substances ayant des effets toxiques sur toute forme de vie, végétale ou animale. Cette toxicité peut être étudiée d'après son aptitude à modifier la physiologie des plantes et des animaux, qu'ils soient pris individuellement ou en groupes. A également été étudiée l'inaptitude à agir normalement dans certaines circonstances d'autres substances qui font partie intégrante de la physiologie de la vie normale. Autrement dit, nous nous sommes attachés à détecter les comportements anormaux ayant une influence sur les processus métaboliques et en provoquant un risque pathologique. Ces anomalies peuvent être un manque d'assimilation, une réaction de neutralisation avec une autre substance, une modification de structure ou une déplétion. Nous les avons inclus dans notre étude au même titre que les substances thérapeutiques classiques, en créant des conditions qui affectent à la fois les plantes et les animaux, reconnaissant cependant que notre premier souci est la vie animale et en particulier celle de l'homme.
Un grand nombre de substances extrêmement toxiques se sont trouvées par le passé employées aux cotés de produits plus anodins. Elles ont par la suite été étudiées et répertoriées dans une matière médicale, un ouvrage de référence et un guide des plus précieux pour l'exercice de la médecine. La pharmacopée homéopathique et la matière médicale sont toutes deux réputées pour leur classement sélectif de ces substances. C'est comme produits homéopathiques ou plus spécifiquement comme remèdes homéopathiques qu'elles sont le mieux connues. Ces remèdes ont été étudiés et leurs effets ont été interprétés en termes de changements physiologiques et consignés dans la matière médicale en tant que manifestations symptomatiques. Cependant la matière médicale ne contient pas toutes les substances naturelles ou synthétiques susceptibles de perturber la physiologie et de produire des symptômes simulant une maladie ; elle ne contient pas de produits biochimiques qui n'agissent pas de façon normale. Par ailleurs, il est impossible de dresser une liste exhaustive de toutes ces substances puisqu'elles n'ont pas été essayées homéopathiquement parlant et qu'un grand nombre des produits de synthèse les plus récents viennent juste d'être découverts.
Vingt acides aminés constituent le premier groupe de substances supplémentaires auxquelles furent appliqués à fins d'étude les principes homéopathiques, allant de l'Alanine à la Valine. Ils furent préparés en triturations de 6 centigrammes, chacune entrant dans cinq dilutions décimales allant de 1/100 à 1/1000 000, donnant ainsi cent nouvelles préparations. Ces dernières furent toutes soumises au test de floculation et donnèrent de nombreux résultats positifs. Se détacha de ce groupe la Proline qui se révéla extrêmement utile dans le traitement des cardiaques atteints de précordialgie. L'Histidine est un autre acide aminé qui réagit souvent de façon positive dans certains cas de syndrômes gastriques à un stade pré-ulcéreux. L'Isoleucine et la Norleucine sont efficaces contre certains types de maux de tête. On a trouvé que la Tyrosine pouvait guérir certaines formes de diabète précoce. On utilise la Valine chez les malades qui dorment mal en raison de son effet relaxant qui favorise un sommeil paisible.
Le groupe suivant à avoir été étudié se composait des vitamines disponibles et des dérivés de vitamines. Il se révéla en plus qu'ils réagissaient à des moments différents. En cas de réaction positive avec une vitamine particulière, on la prescrit en préparation homéopathique, généralement à la concentration à laquelle elle réagit. En plus du floculât habituel, deux des vitamines, l'acide ascorbique et l'acide nicotinique en dilution à 1/10 , précipitent immédiatement sur tous les sérums dilués. La dilution à 1/100 donne parfois une réaction semblable, mais on a remarqué la présence d'un facteur temps, à savoir le temps que le précipité met à se former à partir du moment où les deux solutions entrent en contact. Ce délai varie habituellement de 30 secondes à cinq minutes ou plus et c'est de façon soudaine que le précipité apparaît dans ce laps de temps. Cette réaction fait penser à une utilisation du test comme indicateur de déficience. En d'autres termes une apparition rapide de cette réaction pourrait indiquer que le sérum sanguin contient une quantité suffisante de la vitamine considérée; par contre une apparition tardive pourrait dénoter une déficience importante de la même vitamine. S'il y a déficience, la vitamine est administrée en doses suffisantes jusqu'à correction de cette déficience. Lorsque la vitamine entraîne une réaction de floculation normale, elle est alors prescrite à la concentration qui donne la meilleure réaction.
Un autre groupe à avoir été étudié fut celui des allergènes alimentaires, allant de la pomme au froment, en passant par la levure. Trente-huit allergènes alimentaires différents furent étudiés. Ils furent tous préparés en six dilutions décimales allant de 1/10 à 1/1000 000. Ce groupe de remèdes se révéla très actif et donna de fréquentes réactions de floculation avec les aliments en question. Se distinguèrent notamment le café, le cacao, les oeufs, le lait et le froment. Le boeuf, le porc et les autres viandes réagirent moins fréquemment. Les réactions se produisant avec cet ensemble d'aliments ne permettent pas d'assimiler le test à un test d'allergie bien que l'on puisse le considérer comme tel. Notre expérience n'en apporte cependant pas de preuves. La thérapie alimentaire consiste à prescrire les allergènes suivant la méthode homéopathique habituelle.
Le groupe suivant à avoir été observé fut celui des acides gras. Douze d'entre eux furent préparés en six dilutions allant de 1/10 à 1/1000 000 . Il s'agissait des acides butyrique, caproïque, caprylique, caprique, lanique, linoleïque, myristique, oleïque, palmitique, stéarique et undécylénique. En préparant ces acides gras, nous n'avions aucune assurance qu'ils réagiraient de façon normale au test de floculation, étant des corps gras, mais il s'avéra que grâce à la méthode homéopathique de trituration au lactose, la dispersion des globules gras était telle qu'ils diffusaient facilement à travers le sérum physiologique et se prêtaient aussi bien au test que d'autres substances. Beaucoup de ces acides gras ont réagit positivement ou négativement aux divers examens. Il n'y a pas pour le moment de mode d'emploi bien défini. Ce sont les acides stéarique et linoleïque qui ont réagit le plus fréquemment. On estime qu'ils peuvent avoir un rôle à jouer dans le traitement de l'artériosclérose mais les travaux accomplis sont trop limités pour permettre de formuler une conclusion.
Les acides nucleïques constituent un autre groupe de substances présentant un grand intérêt. Onze d'entre eux furent étudiés, allant de l'adénine à l'uracile en passant par l'acide désoxyribonucleïque (ADN) et l'acide ribonucleïque (ARN). Ils furent préparés sous forme de trituration normale mais en quatre dilutions seulement : 1/100, 1/1000, 1/10 000, 1/1000000. Ces acides se sont montrés extrêmement actifs vis à vis du test. Même si quelques-uns se sont révélés jusqu'à présent inactifs et si tous ont parfois réagi négativement, la plupart d'entre eux ont cependant donné des réactions positives assez fortes sur divers sujets. Ils ont apparemment tous un lien avec le métabolisme cellulaire, mais nous n'avons pas encore trouvé la raison pour laquelle un acide réagit chez un sujet et pas chez un autre. Nous savons par contre que ces substances se montrent actives vis à vis du test et qu'elles pourraient constituer un auxiliaire précieux pour l'examen de tous les malades.
Les autres substances préparées suivant la méthode
habituelle des cinq ou six dilutions sont les suivantes : le Triphosphate
d'adénosine (ATP), la Sérotonine, la Chlorophylle, le Cholestérol,
la Cortisone, l'acide chiloque, la Testostérone, l'oestrogène
et quelques autres. Les expérimentations conduites dans ce groupe
ont été très limitées. Nous avons obtenu quelques
réactions, mais les résultats ont été en général
négatifs.
Un regard neuf sur l'Homéopathie
Il y a presque 200 ans, c'est à dire tout au long du 19ème
et 20ème siècle, des médecins brillants suivirent
le chemin tracé par le docteur Samuel Hahnemann et développèrent
une méthode de médecine qui s'étendit de l'Europe
au monde entier. Elle s'appelait et est toujours connue sous le nom d'homéopathie.
Elle fait appel à une forme d'utilisation nouvelle des médicaments
qui n'avait jamais été prônée auparavant. Ses
principes de base incitèrent ces médecins pionniers à
passer au peigne fin les règnes animal, végétal et
minéral, pour trouver des substances qui se prêtent à
la thérapeutique et puissent soigner les maux de l'humanité.
Ils se servirent des apports médicinaux qu'ils découvrirent
pour étendre leurs expériences à l'intérieur
de leurs spécialités respectives, jusqu'à ce que la
Matière Médicale fût complète et contînt
une volumineuse symptomatologie, permettant une application rapide et précise
de leurs travaux. Au cours du siècle dernier, elle attira un
nombre important de praticiens qui développèrent une
méthode de soins supérieure à celles de leurs contemporains,
pour les maladies aiguës comme pour les chroniques.
Des citoyens influents et fortunés vinrent rapidement appuyer
un mouvement grandissant qui donna à l'homéopathie droit
de cité, tout d'abord dans l'Est, puis dans l'ensemble des USA.
Ville après ville, des hôpitaux consacrés à
l'homéopathie se construisirent. Afin de répondre à
cet intérêt général pour l'homéopathie
et à l'explosion du nombre de jeunes étudiants désireux
de recevoir une formation en homéopathie. Des collèges de
médecine orientés vers l'homéopathie s'implantèrent
du littoral Est à la Côte Ouest. Des sociétés
se créèrent afin d'assurer la protection des personnes concernées
et le développement des connaissances scientifiques. Notre première
société médicale nationale vit le jour en 1844, sous
le nom d'Institut Américain d'Homéopathie. C'était
4 ans avant la fondation de l'Association Médicale Américaine.
Cette époque connut un enthousiasme croissant vis à vis de
l'homéopathie, enthousiasme qui se poursuivit tout au long du 19
ème siècle.
C'est au cours de cette période que des critiques commencèrent à ébranler cette nouvelle méthode médicale en expansion. Un nombre croissant d'adversaires s'engagea dans une controverse injustifiée. Ils fondèrent leur attitude sur le raisonnement que le nombre des médecins homéopathes finirait par se trouver réduit si un contrôle pouvait être exercé sur la capacité d'enseignement de l'homéopathie. Le premier pas important dans cette direction se traduisit, à l'instigation principalement du fameux rapport Flixnor, par l'inspection de tous les collèges de médecine, dans le but de définir des normes concernant l'équipement et le personnel d'enseignement. Ceci représenta un travail important pour la plupart des collèges d'homéopathie. Cette difficulté se trouva néanmoins allégée lorsque de nombreuses universités d'état les accueillirent en tant que collèges universitaires distincts de médecine homéopathique. Cet arrangement parut acceptable à l'Institut Américain d'Homéopathie qui n'avait pas prévu l'avenir. Il en résulta que de nombreux collèges d'homéopathie rejoignirent ces universités d'état qui leur communiquaient une impression de sécurité et de protection adoptive.
Peu après qu'ils se soient établis sur ces nouveaux sites où les possibilités nouvelles apportées par l'université leur offraient des perspectives d'expansion, la pression se manifesta de nouveau. Elle s'appliqua cette fois-ci en direction des administrateurs de l'université, pour qu'ils mettent fin à l'existence de deux collèges de médecine séparés à l'intérieur d'une même université, sous prétexte que deux méthodes de médecine différentes n'étaient pas nécessaires et étaient donc indésirables. C'est en 1921 que l'université du Michigan fut la première grande université à fermer son collège de médecine homéopathique et l'année suivante, en 1922, l'université d'état de l'Ohio fit la même chose, ferma ses portes au collège de médecine homéopathique de l'Ohio. D'autres universités suivirent jusqu'à ce qu'il ne restât plus, au bout de quelques années, que trois collèges de médecine homéopathique indépendants. Il s'agissait du "Collège Médical Hahnemann" à Philadelphie, du "Collège Médical Homéopathique et de l'Hopital des Fleurs de la 5ème avenue" à New York, et du "Collège Médical Homéopathique du Massachussets et de l'Hopital général du Massachussets" à Boston.
Ces trois derniers collèges d'homéopathie abandonnèrent l'un après l'autre leur programme d'enseignement de l'homéopathie, en raison en partie du manque d'intérêt des étudiants et du manque de professeurs d'homéopathie à plein temps, s'ajoutant aux remplacements de personnel par du personnel non formé à l'homéopathie. Il n'y a actuellement aucun collège d'enseignement de l'homéopathie aux Etats Unis. Aux environs de 1925, on rapporta le commentaire suivant d'un membre de premier plan de l'ALMA :"dans 25 ans, l'homéopathie n'existera plus car il n'y aura plus personne pour l'enseigner". Il subsiste cependant un cours post-universitaire de deux semaines au "Collège d'Etat de Millersville", à Millersville, en Pensylvanie.
Au début du siècle, et particulièrement entre 1910 et1920, des facteurs supplémentaires participèrent au déclin de l'homéopathie. Les hôpitaux généraux devinrent plus spécialisés. Peu de médecins homéopathes diplômés devinrent des spécialistes. Des spécialistes allopathes se virent affectés aux hôpitaux homéopathiques de l'époque, dont les chefs de département se trouvèrent bientôt remplacés par des médecins formés à l'allopathie. Cette même période vit s'élaborer les vaccins et plus tard arriva l'ère des antibiotiques, une grande découverte médicale qui réduisit rapidement l'avantage que présentait la thérapeutique homéopathique pour combattre les infections bactériennes.
A la suite de ce développement supplémentaire de la médecine allopathique, un nombre de médecins homéopathes, estimé à au moins 30 000 sur l'ensemble des USA, suivit la tendance prédominante de l'époque et s'orienta vers l'allopathie (exercent aux USA environ 400 000 médecins). Si bien qu'il n'y a plus aujourd'hui dans notre pays que quelques médecins homéopathes. L'homéopathie a perdu tous ses hôpitaux d'origine. Ils ont été repris par les professionnels allopathes en raison du manque de médecins homéopathes. La continuelle découverte d'antibiotiques, le progrès de la médecine spécialisée et le phénoménal développement des unités de soins intensifs dans tous nos grands hôpitaux, aboutissent maintenant à la disparition de l'homéopathie des hôpitaux et au déclin de son prestige en médecine générale.
La médecine allopathique est pourtant loin d'être complète. Les points forts de cette technique médicale majoritaire sont le traitement des infections bactériennes, essentiellement grâce aux antibiotiques et aux unités de soins intensifs actuelles dans les hôpitaux, mais la chronicisation de ces cas demande une action beaucoup plus sophistiquée qui fait que la médecine devra s'attaquer plus énergiquement à leurs causes. Les méthodes actuelles de la médecine allopathique sont incapables de procurer un type de soins adapté à la majorité des cas viraux et des cas chroniques, dont beaucoup sont des maladies de dégénérescence associées au vieillissement et aux carences, ainsi que dans la majorité des auto-intoxications. L'avenir de l'homéopathie se jouera sur le traitement de ces cas chroniques dont fait partie le domaine immense de la toxicologie. Le nombre croissant de malades qui s'intéressent à l'abord thérapeutique homéopathique est une manifestation supplémentaire de la possibilité qu'a l'homéopathie de faire la preuve de son excellence.
Nous entrons sans le réaliser pleinement dans une ère nouvelle de la médecine. Nous avons connu l'ère de l'anatomie, puis celle de la pathologie, l'ère de la bactériologie avec les antibiotiques; nous pourrions connaître à partir de maintenant une ère de la toxicologie. Les toxines sont la cause la plus difficile à cerner de la pathologie, qu'elle soit aiguë ou chronique. Elles se sont toujours révélées être la cause indécelable la plus courante de la maladie, qu'elles proviennent de bactéries, de virus ou d'autres sources. L'homéopathie est équipée pour réussir dans cette ère. Hahnemann l'indiquait il y a 150 ans lorsqu'il disait : "Il n'y a pas de guérison tant que la force morbide n'a pas été anéantie"; la force morbide en question pourrait n'être rien d'autre qu'une toxine pathogène.
Dans son état actuel, l'homéopathie ne pourra jamais retrouver l'accès des centres hospitaliers. L'homéopathie du futur ne peut pas être une répétition de celle du passé, quoique les principes scientifiques de cette dernière devront être conservés dans leur intégralité. Elle nécessitera par contre des développements supplémentaires pour augmenter son taux de réussite chez les malades graves. Bien qu'en médecine générale une prescription homéopathique méticuleuse soit le traitement habituellement reconnu des cas aigus comme des cas chroniques, ce traitement n'est pas suffisant pour des affections à complications graves. Une attention particulière devrait être consacrée aux symptômes fonctionnels exprimés. Ce sont les plus importants de tous pour les malades faisant l'objet de traitements de routine et ils devraient s'accompagner d'un examen clinique minutieux, à la recherche d'une pathologie réelle. En général, si on réussit à soigner efficacement une affection prise à ses débuts, on parvient à éviter qu'elle ne donne naissance à des complications conduisant à une maladie plus grave.
Il est important de disposer de méthodes de laboratoire, si on veut que l'homéopathie fasse des progrès dans le traitement des maladies graves. Chaque sujet en particulier devrait subir une étude analytique poussée. Il faudrait mettre sur pied une méthodologie de recherche. Il faudrait en savoir plus sur la réponse physiologique des remèdes homéopathiques et la réaction de chacun d'eux sur le sang et les cellules sanguines. Leur réaction sur les leucocytes pourrait constituer une étude importante. L'étude des seuls lymphocytes permettrait d'aller très loin dans le détail, car on sait déjà beaucoup sur la réaction immunitaire de ce type remarquable de cellule sanguine. On a découvert que ces cellules font preuve de spécificité lorsque leurs récepteurs sont en contact avec un antigène (une substance étrangère). Autrement dit, une cellule donnée n'est capable de répondre qu'à un antigène ou au plus, à un nombre limité d'antigènes présentant une structure moléculaire semblable. Ceci implique que les récepteurs situés à la surface de la cellule se montrent très spécifiques vis à vis de l'antigène. Ceci peut en partie expliquer la préférence de l'homéopathie pour la prescription d'un seul remède. Mais on ne connaît pas la nature des récepteurs des cellules, ni combien il en faut de sortes pour répondre aux différents antigènes auxquels un organisme doit faire face.
Une autre étude pourrait traiter de l'environnement cellulaire et du changement, par les remèdes, des propriétés d'absorption de diverses substances pathologiques qui ont une influence sur la conversion cellulaire. Il est possible, avec les connaissances que nous possédons maintenant des cellules et de leur environnement, de comprendre comment ces cellules et groupes de cellules peuvent être amenés à changer leur comportement ou à subir diverses modifications de la part d'un poison à l'aspect anodin. Ainsi peut apparaître une symptomatologie individualisée, ce qui est un principe reconnu de l'homéopathie ou, s'il y a atteinte ou modification quelconque de l'anatomie des cellules, une pathologie. Certains types d'anomalies biologiques sont causés par un mauvais métabolisme des acides aminés, acides nucléiques ou acides gras. La correction de ces troubles passe par un traitement sélectif de l'acide en question sous forme de remède. L'étude des carences ou excès en vitamines, minéraux et hormones nécessite des recherches complémentaires, en particulier quant à leur dosage.
Nous présentons les cas suivants pour montrer que l'on peut avoir une conception scientifique de l'homéopathie. Tous ces cas furent soignés avec succès grâce à l'application du "test de sensibilité sérique aux remèdes".
Cas 1 - Maladie de Ménière : un homme de 51 ans se plaignait de très forts vertiges et de bourdonnements d'oreilles. Les remèdes qui se trouvèrent sélectionnés en différentes occasions grâce au test de sensibilité furent Picricum acidum, Sulfur et Mercurius vivus. Son état s'améliora dès le début du traitement et cette amélioration s'est poursuivie depuis. Il ne souffre plus maintenant que d'une légère sensation de vertige lorsqu'il tourne brusquement la tête. Le bourdonnement d'oreilles fut le premier symptôme à disparaître.
Cas 2 - Arthrite rhumatoïde chez une femme de 74 ans : un cas pris à ses débuts et qui dura 5 mois. La douleur et l'enflure commencèrent dans le genou gauche et deux mois plus tard avaient gagné les deux poignets. Le test de sensibilité se révèla positif avec Calcarea Silicata et Rhus toxicodendron. Elle guérit en quelques semaines.
Cas 3 - Hépatite virale chez un homme de 28 ans : la maladie débuta par une faiblesse générale et des vomissements. Une semaine plus tard, il était atteint de jaunisse et souffrait du foie et de la vésicule biliaire. Des contrôles de routine révélèrent un antigène australia positif, un S.G.P.T. à 3950 (la normale allant de 5 à 35), 10,96 mg de bilirubine totale (chiffre élevé, la normale étant de 1.5), 18,94 g/l de phosphate alcaline (normale : 4,5 à11). Les tests de sensibilité semontrèrent fortement positifs avec Chelidonium et Carduus marianus. On lui fit prendre ces 2 remèdes en alternance et il fit des progrès rapides. Le 7 ème jour après le premier test, le S.G.P.T. était tombé à 899, et le bilirubine directe à 2,24. Ce traitement amena, sans subir aucun changement, une guérison complète. Il quitta l'hôpital le 11ème jour et s'est toujours bien porté depuis.
Cas 4 - Arthrite rhumatismale chez une femme de 65 ans :
sa maladie se déclara en juillet 1971. Elle fut hospitalisée
2 fois, dont la première en Août 1972 pendant 17 jours, puis
elle garda le lit chez elle pendant 7 mois. En février 1973, elle
fut atteinte d'une grave iridocyclite de l'œil gauche. Elle mit plusieurs
mois à en guérir. Sa deuxième hospitalisation eut
lieu en novembre 1973 et dura 22 jours, suivie d'une autre période
au lit chez elle, cette fois de un mois. Au cours de sa longue maladie,
elle subit, en plus de l'arthrite, de nombreuses attaques de tachycardie
paroxystique, dont certaines sérieuses. Elle guérit par ailleurs,
au cours de son traitement, d'un psoriasis dont elle avait souffert toute
sa vie adulte. Les remèdes qui se trouvèrent sélectionnés
et prescrits d'après le test de sensibilité furent en premier
lieu Thuya occidentalis, Guaiacum, Rhus toxicodendron, Strontium carbonicum
et Strontium iodatum. Il a fallu s'y prendre à plusieurs reprises
au cours de sa maladie pour sélectionner les remèdes. Elle
vaque maintenant à ses occupations journalières et passe
l'été sur la côte en ne souffrant que très peu,
malgré un gonflement résiduel de certaines articulations.
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