Soufflé

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Les dix commandements du Soufflé au Grand Marnier Rossello


ROSSELLO,
a servi plus de cent cinquante mille soufflés au Vésinet entre 1926 et 1986 .
Il est l'auteur de ce "monument" de la poésie gourmande.

Pour couronner, un jour, quelque menu de fête,
Ravir vos invités, et les époustoufler
Par votre beau savoir de la chère parfaite,
Que ne leur servez-vous, simplement, un soufflé ?
Un soufflé fait chez vous, par vous, et délectable
Plaisamment assorti d'un doigt de Frontignan ?
Mais... sera-t-il vraiment l'orgueil de votre table
Ou bien l'échec final, le désastre poignant ? ...
Les secrets du succès, Rossello vous les livre
Et tous ses éléments du premier au dernier :

Lait frais, un quart de litre et sucre, un quart de livre
Un bon verre à liqueur pas plus de Grand-Marnier
Quelque peu de farine, en tout quarante grammes
Puis du beurre : une noix ; quatre œufs clarifiés*
Sucre glace à garder pour la fin du programme.
Ces justes quantités, si vous vous y fiez,
Suffiront à combler trois ou quatre convives.
Maintenant, commençons. Procédez avec soin
Ce sont les soins qui font les délices plus vives.

Un : le quart de lait frais dont vous aurez besoin,
Mettez-le sur le feu. Deux : le sucre en semoule
Et les jaunes des œufs d'abord, vous les versez
Dans une casserole et non pas dans le moule.
Trois : travaillez au fouet cet appareil. Assez
Pour que la pâte prenne aimable prestance.
Quatre : dès ce moment, la farine elle aussi
Incorporez-la donc, mais sans trop d'insistance,
Au susdit appareil de ce fait épaissi.
Cinq : vient le lait bouillant comme mars en carême
Jetez-le sur le tout, et plein feu vivement
Jusqu'au premier bouillon, en remuant la crème
Au fouet. Six : maintenant, c'est le beurre normand
Ou
charentais, et c'est la liqueur Grand-Marnière
Qui vont venir se fondre au mélange fondant
Sept : montez les blancs d'œufs en neige, à la manière
Dont vous avez coutume et, d'un geste prudent,
Noyez-les doucement dans la masse crémeuse.
Huit : le moule entre en scène ; il vous faut le beurrer
Avant que d'y dresser la mixture fameuse.
Puis - neuf - vite au four chaud ! Comptez sans vous leurrer
Un quart d'heure... Et enfin, derniers mots de l'oracle,
Le sucre glace ! (dix). Saupoudrez, saupoudrez...

Et courez ! Allez faire admirer le miracle !...
Les bravos sont acquis. Tous ceux que vous voudrez !...
Deux essais vaudront mieux qu'un vœu de réussite.
Mais si - c'est votre droit - les lauriers d'un Vatel
Ont pour vous peu d'attrait, si rien ne vous incite,
Ni personne, à vouloir mériter rien de tel,
Que faire alors ? Voici qui paraît acceptable
Vous nous téléphonez et vous dites : "Allo" !
Nous venons déjeuner. Nous serons cinq à table.
Et un soufflé pour dix, cher Monsieur Rossello ! "

*étonnant mais dans le texte original. Il s'agit sans doute d'une anacoluthe involontaire, clarifié se rapportant évidemment à beurre.