En 1870, pendant l'année terrible, il est lieutenant auxiliaire
d'artillerie et est proposé deux fois pour la croix de la Légion
d'honneur. A partir de 1871, il est professeur de mathématiques spéciales
au lycée de Moulins, au lycée Charlemagne puis au lycée Saint-Louis. Une
chaire d'arithmétique supérieure est créée spécialement pour lui au
Collège de France mais est aussitôt supprimée pour des raisons
budgétaires. En 1877, il est vice-président de la Commission des sciences
mathématiques à la réunion des délégués des sociétés savantes à la
Sorbonne, puis de 1877 à 1879, secrétaire des deux premières sections de
l'Association française pour l'avancement des sciences aux congrès du
Havre, de Paris et de Montpellier. Les sections de mathématiques,
astronomie, géodésie et mécanique l'appellent à présider leurs
réunions aux congrès de Reims en 1880, de Nancy en 1886 et de Marseille en
1891. Les savants les plus illustres, Genocchi, Sylvester, Cayley,
Tchébitcheff, le considèrent comme le primus inter pares.
Au congrès de Marseille en septembre 1891, il fait des communications
sur la cryptographie autoclave et cylindrique et sur les méthodes de
déchiffrement. Dans un dîner, au cours d'une excursion des congressistes
en Provence, un domestique, qui se trouvait derrière lui, laisse tomber une
pile d'assiettes. Un morceau de porcelaine le blesse à la face. Obligé de
suspendre ses travaux, il rentre à Paris ; un érysipèle se déclare et
l'emporte en quelques jours le 3 octobre 1891. Il avait 49 ans
UNE MINE DE PROBLEMES
Bien que courte et pleinement remplie professionnellement cette vie a
permis à Lucas, comme il le cite en exergue d'un de ces volume sur
les récréations arithmétiques de "mener 'une infinité de choses
sages de façon folle mais aussi une infinité de choses folles de manière
très sage". (Montesquieu).
Numérotation, systèmes et bases, calculs binaires furent pour lui
l'occasion d'analyses et de jeux parallèles, aboutissant à une
quasi-exhaustivité sur les divers sujets traités
Le problème des reines sur l'échiquier 8x 8 l'amène, par exemple, à
une généralisation sur les échiquiers 3 x 3, 4 x 4, n x n, n x p, sur le
nombre de positions possibles si on pose une reine au hasard ou si l'on
remplace les reines par des tours, des cavaliers ou des fous.
Les problèmes dérivant du baguenaudier
laissent libre cours à son imagination ainsi que celui de la tour de Hanoï
créé par lui, et qu'il attribue en guise de canular à N. Claus (de Siam)
du collège de Li Sou Stian anagramme de Lucas, (lycée) Saint-Louis.
L' oeuvre qu'il a laissé est immense et malheureusement inachevée. Une
mine sans nul doute. Peut-on réinventer ensuite quelque chose
d'entièrement neuf ? Ses successeurs lui devront beaucoup.
A. Zalmanski
article paru dans Jouer Jeux Mathématiques n°3 (juillet-août-septembre
1991)