Notes
Ces quelques
notes n’ont pas pour but de céder aux délices suspectes de l’auto-commentaire,
mais voudraient éclairer quelques obscurités de cette Chanson du
Mal-Aimant qui, je le crains, n’en manque pas, et justifier quelques
partis pris.
Quintil 18
Kostro : Apollinaire, de son vrai nom guillaume Albert
Wladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, était volontiers
surnommé ainsi par des amis à l’élocution paresseuse.
Quintil 19
sclavon : mot emprunté à Georges Perec (« Nos chats »,
dans La Disparition, ch. 10), non tant par nécessité (« captif »
eût aussi bien convenu), que pour rappeler la dette qu’a envers lui tout
auteur de lipogramme.
Quintil 20
Grand Turc : Mausole était roi de Carie, sur le
territoire de l’actuelle Turquie.
Quintil 21
Kozak : orthographe conforme à l’étymologie (ou du moins
à l’orthographe polonaise ou ukrainienne ; l’origine tatar, quzzaq,
aurai aussi bien fait l’affaire.)
Zaporizhjois : de Zaporizhja, ou Zaporijjya, nom de la
ville d’Ukraine d’où vient l’adjectif Zaporogue.
loi d’airain : Le décalogue, comme chacun sait, fut gravé sur des
tables de pierre, non de bronze : licence poétique. Et lipogrammatique.
Quintil 22
nigromant : orthographe vieillie de « nécromant » – la
nécromancie étant un genre de divination autrement plus redoutable que
l’art des astrologues évoqué par Apollinaire.
padichah : titre du sultan ottoman.
Quintil 24
Ascik-Pacha est le nom d’un démon turc.
bourdalou : on écrit au choix « bourdalou » ou « bourdaloue »
pour désigner le pot de chambre que les dames glissaient sous leurs
jupes pendant les interminables sermons du prêcheur ainsi nommé.
Quintil 26
Sanson : nom d’une célèbre dynastie de bourreaux (dont
Charles-Henri, qui exécuta Louis XVI, Robespierre etc.)
Podolski : ville d’Ukraine, qui donne son nom à la province de
Podolie.
Quintil 30
nous croquons un marmot : on n’emploie plus guère
l’expression « croquer le marmot » pour désigner une attente trop
longue.
Mirabot : licence lipogrammatique inadmissible, mas assumée.
Quintil 33
cantharis traduit « pyraustes », grosses mouches censées
vivre dans le feu ; la cantharide broyée étant réputée aphrodisiaque, le
double sens de « satyres » se trouve approximativement pris en compte ;
noirs parpaillots traduit « satyres », nom d’un papillon assez
commun dans nos contrées, aux ailes noires.
Mi-boucs : l’ « égypan » est une divinité mi-humaine mi-caprine.
avaros : je crains que l’on n’emploie plus guère ce vieux mot
d’argot signifiant « malchanceux ».
Quintil 34
narval ou caprin poissonard : la corne unique du narval
fait de lui l’équivalent marin de la licorne ; le capricorne est un
monstre mi-chèvre mi-poisson. Je tire le beau mot de « poissonard » de
la traduction de la Bible par Sébastien Casteillon (Genèse, I, 1)
Quintil 38
apis est le nom scientifique de l’abeille.
Quintil 39
blanc-pavois, conduit-bois traduisent assez
exactement – selon la méthode recommandée par la Pléiade –
« argyraspides » (= qui porte un bouclier d’argent) et « dendrophores »
(= porteurs de bois, lors de cérémonies religieuses). Ici, la traduction
paraîtra aux non-hellénistes plus limpide que l’original.
Quintil 42
Vulcano traduit « gibeline », le mont Gibel étant un
autre nom de l’Etna. On reste en Sicile ou dans les entours.
Quintil 43
Nova-Bossa, Bi-Ruth adaptent des mots inventés par
Apollinaire. L’ensemble du passage abondant en sonorités obscènes, il
n’est pas interdit de faire rimer « Bi-Ruth » avec « route » plutôt
qu’avec « bizuth ».
Quintil 44
Chibrapal, Faltimbon adaptent « chibriape », mot
forgé par Apollinaire sur « chibre » et « priape », et « Faltenin », de
« phalle » et peut-être « tenir ».
corporal : nappe liturgique.
frangin d’Apollon : Hermès était frère d’Apollon.
Quintil 45
Manurhin traduit « Malourène », mot inventé par
Apollinaire. Une première version proposait « Malourin », mais la
ressemblance avec la fabrique d’armes était tentante.
Quintil 46
godmicy : orthographe ancienne de « godemiché », adapte
« quenouille »
Quintil 47
chiropractor assonne avec « parcours », comme plus haut
« poissonard » avec « orna », ou « vital » avec « voit là » : occasion
de rappeler que le poème d’Apollinaire, surtout dans les premiers
quintils, use abondamment de l’assonance (Londres / rencontre / honte,
ou poches / Rouge)
Quintil 48
un orchis transi : l’orchis est une fleur ; si le mot a
été choisi pour traduire « rose », c’est une fois encore pour rendre
compte des nombreuses connotations sexuelles de l’intermède des « Sept
épées »
Quintil 52
vingt-trois juin : date de la Saint-Jean d’été.
Quintil 53
dugong : mammifère marin de l’ordre des siréniens : les
femelles allaitant leurs petits comme des femmes ont pu accréditer
l’existence des sirènes.