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Lewis CARROLL
1832-1898
C'est chez les adultes que l'uvre de Lewis Carroll, écrite initialement pour
des enfants, connaît à l'heure actuelle le plus grand succès. C'est au milieu du
XXème
siècle qu'on a pris la mesure de son caractère d'avant-garde dans nombre de domaines des
sciences humaines. Bien qu'écrite par un clergyman très respectable, elle contrecarre
tout un univers intellectuel, et parfois moral, qui a fait de son auteur un des premiers
surréalistes. On peut ne pas apprécier sa valeur littéraire, ou douter de son intérêt
éducatif, voire de ses intuitions logiques, il n'en demeure pas moins que sur chacun de
ces terrains, les aventures d'Alice au pays des merveilles sont riches
d'enseignement.
Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, est né à
Daresbury,
près de Manchester. Son père était pasteur, père d'une nombreuse famille dont Charles
était le troisième enfant. La majeure partie de son enfance s'est passée à
Daresbury,
puis à Croft, dans le Yorkshire, à partir de 1843. Charles aimait inventer des jeux
divers, et monter des spectacles de marionnettes, pour ses frères et surs. A douze
ans, on le met en pension à Richmond, puis à treize à la public-school de Rugby.
Il y fait de bonnes études et, à dix-sept ans, est admis à Oxford (Christ Church
College), où il s'installe en Janvier 1851; il y travaille d'arrache-pied et obtient
brillamment son diplôme de mathématiques en décembre 1854. Le collège lui accorde un
titre équivalent à celui d'assistant de faculté, en contrepartie d'un engagement à
devenir prêtre et à rester célibataire.
C'est à cette époque qu'il commence à écrire des poèmes, mais aussi
quelques nouvelles qui paraissent dans The Train, dont le directeur choisit, parmi
les pseudonymes que Dodgson lui propose, celui de Lewis Carroll (1856). En même temps, il
se passionne pour la photographie, encore à ses débuts. Il effectue de nombreux
portraits des enfants du doyen de son collège, dont celui de la petite Alice. En 1862,
I'année où Alice eut dix ans, Carroll lui raconte ce qui devait devenir Alice au pays
des merveilles dont la première édition date de 1865. Le succès est immédiat.
C'est Alice à travers le miroir en 1872 puis La Chasse au snark en 1876
toujours avec le même succès.
Parallèlement, Carroll poursuit son travail de professeur et de mathématicien.
Son enseignement ne plaît guère, et ses ouvrages mathématiques mis à part Euclide
et ses rivaux modernes, 1879, réfutation humoristique des géométries non
euclidiennes n'ont pas marqué. Il renonce à devenir prêtre, sous prétexte de
timidité. En 1881, il quitte l'enseignement, et, par suite de reproches adressés à son
goût pour les photographies de fillettes en déshabillé, abandonne la photographie. La
logique devient alors son seul souci.
Il met en forme une analyse rigoureuse permettant d'apporter des conclusions à
partir de prémisses complexes et de résoudre sorites et syllogismes numériques,
géométriques, ou rhétoriques. Son diagramme à double carré* apporte une dimension
complémentaire aux diagramme d'Euler ou de Venn.
L'essentiel de sa production allie alors mathématique, logique et humour: Une
histoire compliquée (1885), The Game of Logic (1887), Pillow Problems (1893),
Logique symbolique (1896) et entre autres un paradoxe qui va devenir célèbre : Ce
que se dirent Achille et la tortue (1894).
Il meurt dans sa famille, le 14 janvier 1898, à l'âge de soixante-six ans,
regretté, semble-t-il, par ses seules et très nombreuses petites amies.
Son oeuvre constitue une importante contribution à toutes sortes de remises en
cause : le langage qu'il considère faussé par l'absence de règles objectives, le
raisonnement, qui permet, s'il est correct, de déceler chez autrui les failles et les
sophismes de l'argumentation, la pensée conformiste dont il se joue par bon sens ou
grâce au non-sens. Sa créativité, la liaison qu'il crée entre la logique mathématique
et les jeux sur les mots tout en gardant un caractère ludique à sa pédagogie en font un
des précurseurs du mouvement Oulipien créé par Queneau en 1960. |