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ALÉA
Du faon
défunt partent trente parfums défendus.
Déjà le sang chaud des semaines vide l’onde et l’on
devine mai se déchaussant,
le jade et,
déjà le clin des temps
est en déclin, le jade et
l’enfer déferlant.
Dix rats passant sans
paradis,
des corps encordés,
empestant, déteints,
festin des taons paissant,
éhontés pendus chus du
panthéon, et,
du fond de sa torsade
fondue,
Roi au-dessus de hauts
rois,
ange et géant,
Dieu ravi par l’élan fou des souliers soudés foulant
les parvis radieux.
La voilà,
blanc teint sadien rimé
aux méridiens satins blancs,
passant les ans, faisant
les cent pas,
des soldats la filant
sur l’enfilade à solder.
« Beau corps de corbeau
qu’ajustent jusqu’à
tes pieds de piété
d’impeccables cape et
daims,
six mots : t’ai-je dit je t’aime aussi ?
— Mon dévotieux, me verrez-vous vraiment ? J’aime en
vrai ; vous rêvez,
monsieur, vos démons.
— Rêver, révérer,
deux arts hasardeux.
Donc tu me hais. Qui
aimes-tu donc ?
— L’ami longeant vos
murs. Vos gens l’ont mis là. »
Son face-à-main, sa
façon
d’y mirer ses tresses
très serrées, midi
passé de cinq de ses pas
vers ces lieux sévères
(des couloirs coudés,
d’autres où des outres
d’eau
pissent, croupissent) :
les parloirs. Parler
sans le toucher, sécher
tout le sang…
C’était juste au
commencement ; coteaux, justesse et
chant des mots ailés par
les émaux des champs,
vallon où l’on va
causer des échos.
La voilà,
riche et chérie,
qui marche au-devant de
chauds marquis,
danse dans
les allées,
flaire les lis, les
reflets,
tandis qu’on songe à son
con distant.
Elle a soupé sous la haie,
nous souriant, variance où nous
versions ; rapide aspiration vers
lui, celui
qui, qu’on l’apprenne,
la conquit
sous un santal, mentit
cent fois, sentimental sans un sou,
nu, comédien méconnu
en joute et jouant
(non point pour des
bravos, mots de peu, un peu de mauve au bras des
pourpoints, non,
ses fictions, vent
qu’ont les fous, bafouent les conventions fixées) ;
vers ce prince vert
qui a (mentalement)
acquis
paix, respect,
dénonce au nom des
rangs mousseux de sang, de ceux mourant
talés par l’État,
nos vermeils
sommeils vernaux.
Plains soirs, temps hospitalier, tapis, ostensoirs
pleins
d’encens ascendants,
escarpins décomptés
qu’on dépeint, caresse,
fards, blasons, poids
des appuis, longs houkas où l’on puisa des poisons
blafards,
long salon
blanc, meuble et
agréable et meublant
l’ennui lent
du temps attendu.
Qu’un chat écourté
côtoie un dieu, priape à la main, sous les sous-main la paille
à prie-Dieu, un toit côté cour, et chacun
s’en étonne et sent
la vie comblée qu’on vit là.
La voilà,
humant la menthe parnassienne en son ancien
appartement, l’amant eu,
sondant son
journal vers
l’hivernal jour
rouvert où,
tels ce pampre et les
dansants versants dans les prés, pense-t-elle,
s’épanouit l’inouï
passé.
Plume qui me love en l’homme qui me plut…
Du temps des grands-mères, la plaine appelait la mer
« grande étendue »,
les échafauds et
gradins, les vents de mai dormaient devant les daims gras
et faux chats ailés.
Dans les prisons, ils ont pris les dents
des soldats, soldé
leurs valeurs,
noué leurs cous de
couleur. Et nous,
hordes du dehors,
escargots, rats des
querelles, que des ragots caressent,
nous entrons en nous,
dormant des songes
lardés des larges sons des mandores,
sursis, aussi sûr
qu’un chat blanc
tremble en chacun.
La voix me manque brusquement. Me voilà
nue comme Dieu me
connut.
Aussitôt, dans ses yeux
cédant au si haut
sentiment tissant
ses pensées,
furent des larmes, des
refus.
En ses eaux, Léa créa
les océans.
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2003 Jacques Perry-Salkow
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