Aléa

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Poème palindrome de syllabes de Jacques Perry-Salkow publié dans Formules n°7, Noésis, 2003

 

ALÉA

 

 

Du faon défunt partent trente parfums défendus.

 

 

 

 

Déjà le sang chaud des semaines vide l’onde et l’on devine mai se déchaussant,
   le jade et,

déjà le clin des temps est en déclin, le jade et

l’enfer déferlant.

Dix rats passant sans paradis,

des corps encordés,

empestant, déteints, festin des taons paissant,

éhontés pendus chus du panthéon, et,

du fond de sa torsade fondue,

Roi au-dessus de hauts rois,

ange et géant,

Dieu ravi par l’élan fou des souliers soudés foulant les parvis radieux.

 

La voilà,

blanc teint sadien rimé aux méridiens satins blancs,

passant les ans, faisant les cent pas,

des soldats la filant sur l’enfilade à solder.

« Beau corps de corbeau

qu’ajustent jusqu’à

tes pieds de piété

d’impeccables cape et daims,

six mots : t’ai-je dit je t’aime aussi ?

 

 

— Mon dévotieux, me verrez-vous vraiment ? J’aime en vrai ; vous rêvez,
   monsieur, vos démons.

— Rêver, révérer,

deux arts hasardeux.

Donc tu me hais. Qui aimes-tu donc ?

— L’ami longeant vos murs. Vos gens l’ont mis là. »

Son face-à-main, sa façon

d’y mirer ses tresses très serrées, midi

passé de cinq de ses pas

vers ces lieux sévères

(des couloirs coudés,

d’autres où des outres d’eau

pissent, croupissent) :

les parloirs. Parler

sans le toucher, sécher tout le sang…

 

C’était juste au commencement ; coteaux, justesse et

chant des mots ailés par les émaux des champs,

vallon où l’on va

causer des échos.

La voilà,

riche et chérie,

qui marche au-devant de chauds marquis,

danse dans

les allées,

flaire les lis, les reflets,

tandis qu’on songe à son con distant.

Elle a soupé sous la haie,

nous souriant, variance où nous

versions ; rapide aspiration vers

 

lui, celui

qui, qu’on l’apprenne, la conquit

sous un santal, mentit cent fois, sentimental sans un sou,

nu, comédien méconnu

en joute et jouant

(non point pour des bravos, mots de peu, un peu de mauve au bras des
   pourpoints, non,

ses fictions, vent qu’ont les fous, bafouent les conventions fixées) ;

vers ce prince vert

qui a (mentalement) acquis

paix, respect,

dénonce au nom des
rangs mousseux de sang, de ceux mourant
talés par l’État,

nos vermeils sommeils vernaux.

Plains soirs, temps hospitalier, tapis, ostensoirs pleins

d’encens ascendants,

escarpins décomptés qu’on dépeint, caresse,

fards, blasons, poids des appuis, longs houkas où l’on puisa des poisons
   blafards,

long salon

blanc, meuble et agréable et meublant

l’ennui lent

du temps attendu.

Qu’un chat écourté côtoie un dieu, priape à la main, sous les sous-main la paille
   à prie-Dieu, un toit côté cour, et chacun

s’en étonne et sent

la vie comblée qu’on vit là.

La voilà,

 

humant la menthe parnassienne en son ancien appartement, l’amant eu,

sondant son

journal vers l’hivernal jour

rouvert où,

tels ce pampre et les dansants versants dans les prés, pense-t-elle,

s’épanouit l’inouï passé.

 

 

Plume qui me love en l’homme qui me plut…

Du temps des grands-mères, la plaine appelait la mer « grande étendue »,

les échafauds et gradins, les vents de mai dormaient devant les daims gras
   et faux chats ailés.

Dans les prisons, ils ont pris les dents

des soldats, soldé

leurs valeurs,

noué leurs cous de couleur. Et nous,

hordes du dehors,

escargots, rats des querelles, que des ragots caressent,

nous entrons en nous,

dormant des songes lardés des larges sons des mandores,

sursis, aussi sûr

qu’un chat blanc tremble en chacun.

La voix me manque brusquement. Me voilà

nue comme Dieu me connut.

 

Aussitôt, dans ses yeux cédant au si haut

sentiment tissant

ses pensées,

furent des larmes, des refus.

En ses eaux, Léa créa les océans.

 

 

 

6 1 2003 Jacques Perry-Salkow