Acrostiches

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Il s’agit d’une des formes les plus anciennes de jeu poétique. François Villon, Musset, Willy s’y sont essayés. A la base il s’agit d’un certain nombre de vers dont les initiales forment un mot ou une petite phrase lisible de haut en bas (ou de bas en haut).

Parmi les acrostiches célèbres, figure celui introduit (involontairement ?) par Corneille dans l’acte IV d’Horace :

S'attacher au combat contre un autre soi-même
Attaquer au parti qui prend pour défenseur
Le frère d'une femme et l'amant d'une sœur,
Et, rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie,

Contre un sang qu'on voudrait racheter de sa vie,
Une telle vertu n'appartenait qu'à nous
L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux

Voici un acrostiche double1, élaboré par Luc Etienne, un oulipien, véritable ingénieur du langage, en hommage à Georges Perec. Formidable exploit, car bâti sur le seul palindrome possible avec les seules lettres qui composent PEREC. Ce palindrome borde le poème sur ses quatre côtés. En haut, il constitue le titre ; à gauche et à droite, verticalement, il est l'ensemble des lettres initiales et finales de chaque vers (acrostiche double) ; on le retrouve enfin intégralement, mais divisé en deux, dans le dernier vers.

Avec l'aimable autorisation de Nicolas Galaud & Pascal Sigoda, in Luc Etienne, Ingénieur du langage, Au signe de la Licorne (1998)

De nombreuses variantes sont apparues tels ces jeux sur les définitions de sigles :

SNCF : Sans nous consulter franchement
RATP (en grève) : Rentre avec tes pieds.

Un des projet de câbles téléphoniques Amérique-Europe des années 1930 s’appelait Pipe Line Under The Ocean.

À noter que le sigle prend le nom d’acronyme dès l’instant où les lettres assemblées forment un ensemble syllabique prononçable comme c’est le cas pour PLUTO précité ou UNESCO. Pourquoi ne pas vous exercer avec les prénoms de vos amis, ou des acronymes courants : ONU, CGT, UMP, ADCS !

Cédons au plaisir de vous faire découvrir une autre forme d’acrostiche de mots constituée par un échange de billets doux attribués à George Sand et Alfred de Musset. Saurez-vous déchiffrer les messages ?

Musset à George Sand :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Réponse de George Sand :

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme

Ecriture abécédaire ou abécédaire romancé

Chacun des mots de phrases à composer commence par une lettre variant dans l’ordre de l’alphabet. Il s’agit donc d’une forme d’acrostiche, alphabétique. L’exercice est relativement aisé, sauf pour la fin de l’alphabet où la succession de w, x, y, z pose problèmes !

Alors, Béatrice crut devoir emporter fiévreusement Guy. Heureusement, il jouait : képi, légos, machines n’occupaient plus que raisonnablement sa tanière (un vieux wallon xénophobe y zézayait) (Henry Landroit1).

À Beijin (Chine), dix exaltés furibards gesticulent. Haineusement, ils jurent, knout levé. Maniement non orthodoxe : paf ! Qiu, rageur, secoue tel un vaurien Wang Xiu « Yéti ! – Zébu ! » (Le Tellier).

Au bon café d’Estaque, facilement gravi, hautement isolé, jeune kabyle loue mulet naturellement ocellé pour quarante roupies sur table ; une vieille walkyrie xénophobe yéyé zazou.. (Atelier d’écriture)

Ami, bois ce délicieux élixir fabriqué gaiement, habilement, icaquier juteux, kola lentement mûri, noix oubliée, polie qui résous sagement ton urgence. Voici whisky, xérès, yaourt, zeste. (Atelier d’écriture) 

Anselme bâtit cette demeure, exceptionnelle, fantastique, gargantuesque. Hortense incestueuse japonaise kidnappa le martien noir, obèse parce que revenu subrepticement. Télémaque utilisant vicieusement Walpurgis, Xénophon, Yaweh, Zarathoustra(Atelier d’écriture)

Antoine bâtit César devant Etampes. Fin guerrier, homme intègre, jamais KO, lumineux, méthodique, narcissique, oubliant parfois qui réclamait, supprimant toujours une vache warabite xénophobe, yacousa zélé. (Atelier d’écriture)
 

Triple Acrostiche autoréférent en centon

 Vers Auteurs Titres des poèmes
Alfred, j'ai vu des jours où nous vivions en frères
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre
Rose, eût-il fallu te laisser dehors, chère exquise ?
Ou puis parfont de ma merencolie
Sous ta chevelure épandue de ta robe un peu descendue
Tu n'étais plus, - errante et nue, qu'une image sans voix
J'aime bien tous ces trois, qui toujours verds ressemblent
C'est vrai, j'aime Paris d'une amitié malsaine
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse
Et loin vers moi s'efforce et se lasse.
Arvers
Chénier
Rilke
Orléans (d')
Samain
Toulet
Jodelle
Coppée
Hugo
Elskamp
A Alfred Tattet
Comme un dernier rayon
Rose, eût-il fallu te laisser dehors
Ou puis parfont de ma merencolie
Silence
Toi pour qui les dieux du mystère
J'aime le verd laurier
C'est vrai, j'aime Paris
Hier au soir
Et tout au fond du domaine loin