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L’OuPeinPo
est :
C’est-à-dire un endroit où l’on œuvre. Il
diffère d’un laboratoire en ce sens qu’on n’y peine point ;
d’une société savante, car l’avancement des sciences n’est pas
son propos ; d’une secte, car on n’y professe aucune doctrine ; d’une
école, car il ne comporte ni maîtres ni élèves. Il n’a rien de
commun avec une académie, un musée, une loge, un commissariat, un
institut ou n’importe quelle sorte d’institution. Si l’on peut lui
trouver quelque parenté avec un atelier. c’est dans la mesure où l’on
s’y attelle effectivement à de nombreuses tâches ;
mais de façon toute synecdochique, car l’OuPeinPo
ne restreint nullement la peinture à l’art d’appliquer des
pigments. Au contraire, il l’étend sans scrupule à tous les arts
graphiques ou plastiques et, autant que le pinceau ou la brosse du
peintre, il préconise le crayon du dessinateur, la pointe du graveur,
le ciseau du sculpteur, la taloche du stucateur, l’aérosol du tagger
voire la souris du synthétiseur d’images. L’appareil du photographe
et la presse de l’imprimeur ne lui sont pas inconnus. Et il s’efforce
de promouvoir l’aiguille et le scalpel, le lardoir et le hachoir, le
jet et le compresseur, la pelle à tarte et la pelle mécanique, le
laser et le laminoir, le canon de campagne (si besoin la bombe), ou
encore la main nue et l’agilité digitale. Étendre la gamme des
matériels, ainsi que des matériaux, supports, techniques, procédés,
sujets, points de vue, théories, etc., offerts au "peintre"
est d’ailleurs l’un des objectifs de l’OuPeinPo ;
car l’OuPeinPo en tant que tel ne produit aucune
peinture réelle. II n’œuvre pas aux œuvres mais aux méthodes,
dispositifs, manipulations, structures, contraintes formelles à l’aide
de quoi les peintres passés, présents et futurs ont pu, peuvent et
pourront créer leurs œuvres. S’il ne nie pas ce qui est "en
acte" dans les œuvres d’art, il affirme que c’est là l’affaire
des artistes, des commanditaires ou du peuple regardeur. Son rôle à
lui est de proposer des "formes" ou des transformations dans
lesquelles les œuvres sont en puissance. Empressons nous d’ajouter
que ses membres s’efforcent d’être les premiers utilisateurs des
formes qu’il élabore afin que celles-ci ne restent point creuses mais
soient manifestées par des exemples.
L’OuPeinPo se met donc dans la position des
inventeurs anonymes qui léguèrent aux siècles la forme sonnet et la
forme-sonate sans préjuger de ce qu’en pourraient tirer Shakespeare
ou Raymond Queneau, Beethoven ou John Cage, outre les millions d’amateurs
qui désobligent les Muses. Pour rester dans le domaine des arts
plastiques, il se met dans la position du non moins anonyme inventeur du
polyptyque à programme qui, sans le savoir, fournit un même dispositif
â un Jan Van Eyck et à un Francis Bacon. À cela près que l’OuPeinPo
a été fondé délibérément en vue de telles fournitures et qu’il
ne se propose pas d’offrir une forme aux utilisateurs
potentiels, mais des milliers (pour commencer), et plus complexes, plus
contraignantes, plus fécondes que le polyptyque si pauvrement exploité
jusqu’à présent.
C’est ainsi que des opérations (au sens
mathématique, stratégique ou même chirurgical) menées sur tous les
composants de l’œuvre d’art ont donné naissance à
(I) divers TRAITEMENTS PAR CODES ET MATRICES
tels que la Musique en plages colorées, la Cassification et la
Décassification, l’Antithétie (qui transforme l’Annonciation de
Léonard de Vinci en une Dénonciation dans le style de Jérôme
Bosch) et autres ISOMORPHISMES tels que la Transposition tactile,
la Matérialisation des regards, le Message caché, la Transposition de
cohérence ;
(II) des applications de la ROTATION et de
sa fille la SYMÉTRIE, comme le Tableau rotatif regardable des
quatre côtés, le Palindrome plastique, la Peinture à symétrie
variable, les Anamorphoses ;
(III) des RÈGLES D’ASSEMBLAGE ET DE
TRANSFORMATION faisant intervenir l’Intersection au sens
mathématique (Vénus de Samothrace, Enterrement du comte d’Ornans),
la Réunion, l’Inclusion (Giacometti- en-Maillol), la
Superposition (Multichrists), la Chronologie (collage
chronologique) ou la Lamellisection permutative ;
(IV) une grande variété de CONTRAINTES PAR
BORDS où culminent la Peinture par la tranche, le Scytalisme, la
Picturogenèse bitangentielle, le Polyptykon et le Manège à
substitution, les Hyperdominos, le Morpholo, la Complémentation du
cube. la Peinture taquinoïde ;
(V) des OEUVRES COMBINATOIRES dont
plusieurs sont déjà mentionnées parmi les contraintes par bords mais
qui peuvent s’étendre à bien d’autres domaines, aux surfaces, par
exemple, avec la célèbre Vache au Pré noir de Louis Barnier,
oupeinpienne par anticipation (combinatoire d’encrages et de formes
imprimantes) ;
(VI) des œuvres à COULEUR MESURÉE, ou à
valeur, à longueur de trait, à volume mesuré
(VIII) tout ça pour ne rien dire de la Peinture
à l’aveugle, de la Peinture par téléphone, du Déculottage, de la
Peinture sur gaz, de la Réponse au manuscrit d’Antin, des Trous
architecturaux ou des Cent Fleurs de l’OuPeinPo, système tabulaire et
logogenétique pour la création d’écoles artistiques.
Car c’est l’occasion de l’affirmer : l’OuPeinPo
n’est pas un mouvement artistique. En revanche, il lui revient
d’appliquer la potentialité aussi aux écoles, mouvements, groupes,
sociétés, tendances, théories, manifestes, académies, avant-gardes,
etc, et de proposer des techniques pour en finir avec les éclosions
incontrôlées de nouveaux mouvements (ou avec leur marketing trop
contrôlé) et créer à volonté tous les -ismes imaginables et
inimaginables(3).
(3)Ce texte a été publié pour la première
fois dans les Monitoires du Cymbalum Pataphysicum, 1991, n° 21, pp.
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