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Dans le numéro 170 d'Action poétique (janvier 2003)
Michèle Métail, oulipienne ayant pris quelque distance avec l’ouvroir, nous
explicite les poèmes chinois à lecture retournée, dont elle est la
spécialiste incontestée. Ces poèmes dont l'origine remonte à Fu Xian (239-294),
utilisent toutes les propriétés intrinsèques de la langue chinoise, concise,
polysémique et évocatrice et
presque sans règle grammaticale, hormis le déterminant qui précède le déterminé. Ainsi chaque mot peut être, en fonction
de
son positionnement dans la phrase verbe, adverbe, adjectif ou nom.
De nombreux exemples sont donnés, mettant de plus en
évidence la métrique bien particulière à la poésie chinoise, l'utilisation
de la symbolique du yin, du yang et des hexagrammes ainsi que les diverses
formes de lecture en fonction du poème de départ.
Gageure que d'essayer d'expliquer et de résumer quelque
chose d'aussi monstrueusement complexe pour un esprit occidental !
Dans la lecture à rebours, le palindrome de mot (tous les
mots de la langue chinoise étant monosyllabique) engendre une nouvelle
signification pour le texte voire une multitude de significations lorsque le
poème est circulaire et que l'on peut commencer la lecture à un point
quelconque.
Le vent accompagne les fleurs parfumées, rouges, elles
couvrent laterre
La pluie fait croître les arbres printaniers, verts, ils frôlent le ciel.
Ce distique composé des caractères (feng song xiang hua
hong man di yu
zi chun shu bi lian tian)
Le ciel frôle les arbres verts, pluie abondante du
printemps
La terre se couvre de fleurs rouges, vent chargé de parfum.
Exemple simplissime, pour ne pas dire trivial par rapport
à ces poèmes avec rimes, en 5 couleurs dont les blocs de même couleur ont
des modes de lecture identiques mais dont le sens de lecture varie avec les
couleurs. Ainsi les blocs verts aux quatre angles du poème sont des vers de
3 syllabes, avec 24 modes de lectures qui génèrent 8 poèmes de 12 vers et 16
poèmes de 6 vers soit déjà 96 poèmes ! (voir en pièce jointe)
Je ne parle ni de la Sphère armillaire, ni de la Carte sur
un miroir pendentif qui allie de plus un aspect esthétique en soi.
Un dernier exemple, dû à Qian Weizhi (942-1014) qui
dispose 20 caractères en cercle. En commençant par n'importe quel mot, dans
un sens horlogique ou rétro-horlogique on obtient 40 quatrains
pentasyllabiques à rimes croisées. Ci-après 3 lectures :
Pénétrante brume du soir, paravent des montagnes
Neige parsemée, pavillon clair au loin.
Proche du ciel, un kiosque bleu, paisible
A retenir la lune, le store brillant est froid.
La neige parsème le paravent de montagnes, le soir
La brume pénètre de froid le store, il brille.
La lune s'en tient au paisible kiosque bleu
Dans le ciel proche et lointain, pavillon clair.
Proche et lointain, pavillon clair dans la neige
Des montagnes par touches, paravent de brume le soir.
Froid pénétrant, sur le store brille la lune
S'y tient paisible un kiosque, dans le ciel d'azur.
Selon Michèle Métail, "loin de se ramener à une prouesse
technique, cet enchaînement circulaire traduit l'extrême sensibilité du
poète. À la tombée de la nuit, dans le froid et la brume, la nature semble
figée. En fait, un infime processus de changement l'anime. La perception de
la distance, de la lumière, des couleurs varie constamment. Différentes
perspectives sont à l'oeuvre, elles donnent au lecteur la sensation de
pouvoir se déplacer dans le paysage."
Les références à certains poèmes moyenâgeux dans lesquels
la cosmologie, la numérologie et le nom caché sont déterminants devraient
ravir tous les exégètes de la contrainte
Merveilleux et fascinant !
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