Cahier
n° 30
Editorial de
Monsieur l'Ingénieur-en-Chef
Prologue
Une
aventure incertaine
Epilogue
Quatrième de
couverture 1
Appendice
Quatrième de
couverture 2
Un échange de mail
Quatrième de
couverture 3
Editorial de
Monsieur l'Ingénieur-en-CheF SOUS LE COUVERT D'UNE
NOTULE DE LA REDACTION DES CAHIERS DE L'A.L.I.S
Notule
de la Rédaction des Cahiers de l’A.L.I.S.
La
rédaction a reçu cette « Aventure Incertaine » en deux
livraisons. Dans une première étape, à la suite d’une demande de X°°°,
un Cahier « Spécial », dont on trouvera ci-inclus la copie
– y compris les deux pages de garde – (corrigée de quelques fautes
de frappe et d’impropriétés ) , a été réalisé ( et tiré à deux
exemplaires) et remis à X°°°. Ses manies bien innocentes quant à la
présentation ont été respectées : la rédaction a eu
l’impression que X°°° essayait de faire des effets de distanciation
avec des procédés plus ou moins rousselliens.
Le
Comité d’Entreprise du Laboratoire d’Inventions Scientifique(s)
s’est longtemps interrogé sur cette aventure incertaine mais par
discrétion n’a jamais posé de questions ni sollicité de confidences
de X°°°. Il se demande encore si cette aventure ne s’est déroulée
que sur le papier ou
si … mais alors jusqu’où ?
Ce
n’est que quinze jours plus tard que X°°° a bien voulu se
manifester en faisant parvenir le courrier donné en annexe. « On »
pourra constater que l’ensemble de ces textes est fortement déceptif,
la conclusion – si tant est qu’il doit y avoir une conclusion – n’est toujours pas connue,
X°°° lui même ne semble pas en mesure de donner le mot de la fin.
Ce
ne sont certes pas les qualités littéraires qui ont poussé la rédaction
à publier ces textes disparates, mais la reconnaissance d’un work
in progress où le « scripteur » - comme il se désigne
(un peu pompeusement) – finit par se piéger tout seul. Nous
connaissions bien les dangers de la lecture (surtout depuis que le Saint
Office ne met plus à l’index que des préservatifs (il faudrait lui
en donner le mode d’emploi, c’est la vie)), il y a aussi un
danger de l’écriture et pas seulement pour Artaud et Cie.
Certains
lecteurs du Laboratoire d’Inventions Scientifique(s) essayent de décrypter
ces textes pour en faire la part du VRAI et celle du FAUX ; c’est
là une attitude bien peu Scientifique qui signifierait que cette différence
est pertinente.
La
Rédaction des cahiers de l’A.L.I.S.
Sous
la bienveillante autorité de Monsieur l’Ingénieur-en-Chef des Calis
Mai
1990
La pensée du jour :
Jadis, Tsouang Tchéou rêva qu’il était un papillon voltigeant et
satisfait de son sort et ignorant qu’il était Tchouang Tséou lui
même. Brusquement il s’éveilla et s’aperçut avec étonnement
qu’il était Tchéou. Il ne sut plus s’il était Tchéou rêvant
qu’il était le papillon, ou un papillon rêvant qu’il était
Tchéou.
Tchouang
Tseu O.C. Gallimard UNESCO
p 45 La réduction ontologique

Prologue
Où peut être la sincérité dans un texte qui
voudrait ne rien cacher et disséquer comme au scalpel des mouvements et
des élans qui pour être " réels " n'en sont pas moins
calculés ?
Comment être neutre vis à vis d'une histoire que
l'on invente - et donc que l'on vit - au fur et à mesure qu'on l'écrit
?
Entre la retenue et la complaisance exhibitionniste
où est la voie ?
A ce moment précis on ne sait encore rien de la
nouvelle qui suit ni même et surtout si elle ira à sa fin .
On se demande jusqu'où va le pouvoir démiurgique de
l'écrit : créé-t-il une situation ou ne peut-il que la décrire ?
Et si l'acte d'écrire implique à l'évidence la
scripteur, a-t-il pour autant prise sur le lecteur (la lectrice) ? qu'il
tente de piéger dans son texte.
J'ai quelque peu hésité avant de rédiger ce texte,
partagé entre la vanité de l'écriture et l'exorcisme qu'elle pouvait
représenter. Plus je cherche le pourquoi de cette mise à plat (en
scène ?) plus je m'enchevêtre dans un tissu de contradictions quasi
proustiennes - pardon Marcel - . Avant le " pourquoi ", et
pour l'élucider, d'abord le " pour qui " car c'est là le
point qui n'est pas encore tout à fait clair. Certes , et c'est ainsi
que l'écriture a pu commencer, le " pour qui " peut être mon
mythique journal qui a bon dos mais à vrai dire ce n'est qu'une
échappatoire et je sais pertinemment que le " pour qui " est
bien défini, c'est l'héroïne de la nouvelle mais j'ignore encore si
je lui remettrai le texte ou s'il restera quelque part caché dans un
disque d'ordinateur pour que je le relise, le déguste lentement et
parvienne à le comprendre .
Ambiguïté totale de cette démarche si elle se fait
: quel est le but recherché ? Il y en a plusieurs et ils sont
incompatibles voire contradictoires. Une seule certitude à ce moment :
il s'agit d'un jeu de séduction, jeu ou séduction ou séduction du jeu
… Tentative de séduction " intellectuelle " certes, mais
qu'en est-il des arrières pensées (pas si éventuelles (ni si
arrières) que ça) ? Ce peut être le besoin de me rassurer : l'âge
passe mal, alors je le mets en avant en attendant - en vain - quelque
dénégation (qui ne pourrait n'être que de complaisance) ; puis-je
passé la milieu de la quarantaine encore séduire ? Ai-je vraiment
envie de " concrétiser " ou est-ce simplement le besoin de
croire que, éventuellement, des portes sont encore ouvertes ? La peur
d'un échec physique ou autre (penser à essayer la verveine qu'elle
croit aphrodisiaque même si j'en doute fort) , la peur, plus proche de
la lâcheté d'être impliqué dans quelque chose me dépassant peut me
faire (plus ou moins consciemment ) souhaiter l'échec et le provoquer :
une (bonne) raison de lui remettre ce texte.
A moins que, confortablement, je reste là à
fantasmer à ce qui sans nul doute aurait été - si je l'avais voulu -
; là au niveau du rêve, plus de risque d'échec, plus de problèmes -
faudrait-il alors prendre le risque de confronter le rêve et la
réalité ? On se montre fort et plein d'expérience mais en fait on est
totalement désarmé devant l'inconnue, sûre d'elle, séductrice
inconsciente (?), sans complication apparente, forte de sa vie à venir.
N'est pas Machiavel qui veut et je m'embrouille dans ces nièmes
degrés, cette mise en abyme qui compliquent une situation que je suis
certainement le seul à imaginer.
A moins que ce texte ne soit qu'un transfert et que je
tente par là de mettre ma lectrice (éventuelle) en position instable
alors que rien ne la trouble, elle. Mes hésitations, ce jeu que je ne
maîtrise pas, je lui offre, je lui passe la main ; qu'en fera-t-elle ?
J'imagine son trouble (Oh ! non pas celui là !) mais bien plutôt son
embarras : comment décliner sans être trop blessante ?
A moins que la crainte du ridicule ne me fasse garder
ce texte enfoui et que je détruise les listings et efface le disque
avant la fin …
Passons à la nouvelle qui devra refléter le plus
fidèlement possible la situation et son évolution tout en maintenant
une distanciation de bon aloi. Attention à ne pas rester trop allusif :
il faut pouvoir comprendre ce récit de l'extérieur à tout le moins y
pénétrer sans clef particulière. Côté technique de l'écrit, par
manque de souffle et une incapacité à rédiger un texte continu,
donner dans le pointillisme : des saynètes qui éventuellement
suggèrent par leur succession, une histoire, une aventure. Rien
n'oblige à les lire dans l'ordre, d'ailleurs les scènes ne reflètent
pas une stricte chronologie mais des touches successives d'un tableau
qui se crée. Il faut , pour mieux faire entrer le lecteur (la lectrice)
dans le jeu, écrire à la première personne comme si le scripteur
était partie prenante de cette aventure (incertaine).

Une Aventure Incertaine
Chapitre 1
Scène : une salle de professeurs dans un lycée de
province ; un brouhaha d'interclasse, des bribes de conversations ( ?)
frôlant et dépassant parfois l'inanité totale, courants d'air
chassant les remugles. Personnages : figurants (nombreux ; blouses
blanches ( pour les " scientifiques " ) ou de couleur,
cartables débordants de copies. On pourrait mettre des mannequins),
C°°° et moi.
Je regarde C°°° , et comme j'en ai déjà pris l'habitude entame la
conversation - oh ! pas bien brillante- sur la vie du lycée, les
collègues, les élèves et alii. Avec gentillesse C°°° embraye sur
tout et rien; Ionesco n'est pas loin. Une idée (pulsion) me vient alors
: j'ai des billets de faveur pour une représentation du Circkub'U
" La tentation d'être ou la comique illusion " et le plus
naturellement je demande à C°°° s'il lui plairait d'assister à la
représentation. OUI. Nous consultons nos emplois du temps pour
vérifier si cette sortie est possible. OUI. Nous nous fixons rendez
vous.
Chapitre 2
De mardi à mardi, il y a sept jours et des
poussières jusqu'au soir. Cela fait 168 heures ou 10080 minutes. La
semaine d'attente commence. Le temps passe plus vite que lorsque j'avais
vingt ans (elle en a vingt cinq) mais cette attente appelle des souvenir
… aie, un coup de nostalgie. Attendre je ne sais quoi, il ne s'agit
bien sûr que d'une sortie comme ça. Pourtant. Les phantasmes
commencent tout doucement, le rêve prend de la consistance. Elle a
accepté si spontanément, qu'en déduire ? Ou bien - non ce n'est pas
raisonnable - ou bien une simple sortie, entre amis, comme cela se
pratique si naturellement . Et son sourire, il est franc : pas de gêne
de sa part, sûrement pas de calcul alors quoi … je préfère encore
rêver.
Chapitre 3
Il s'agit maintenant d'interpréter un changement de
programme. Il était tacitement convenu que nous ferions cette sortie à
deux (ce qui ne veut pas dire plus) et le vendredi elle m'annonce
qu'elle reçoit une amie précisément le soir de la représentation.
D'emblée, j'invite son amie avec elle d'autant que j'ai l'impression
que sinon c'en était fait de notre sortie.
Nouvelle situation, nouvelle analyse. Est-ce que vraiment elle ne serait
pas sortie sans son amie ? Je ne le saurai jamais. Si je lui prête des
pensées aussi compliquée que les miennes, pourquoi faire venir un
tiers ? L'explication le plus probable est, bien sûr, l'absence de
préméditation et la simple coïncidence (une route à partager pour
assister à un stage le lendemain).
Ou bien elle ne considère pas notre sortie comme une " sortie à
deux " ( ce qui ne veut pas dire autre chose ) ou bien elle
souhaite un tiers pour neutraliser une situation qui pourrait devenir
gênante. C'est à l'évidence l'hypothèse que je choisis d'autant que
c'est la plus improbable ; cette complication crée des liens de
complicité non dits certes mais qui s'imposent à moi.
Par un retournement dialectique cette situation m'arrange en fait . J'ai
là un prétexte tout trouvé pour ne pas devoir tenter de séduire avec
tous les risques que cela comporte pour la suite de l'aventure. C'est
avec un soulagement certain que finalement j'ai appris que C°°° ne
serait pas seule. Mon rêve pourrait continuer encore un peu.
Chapitre 2 bis
Je veux que cette première sortie soit une réussite
- qu'elle y prenne plaisir -. Préparation de la sortie : visite au
directeur de la troupe pour avoir le texte de la pièce, rendez vous en
fin de représentation avec tous les acteurs pour prendre un pot.
Y-a-t-il quelque chance de mettre le directeur dans mon jeu ? Je n'y
tiens pas, il me faudrait expliciter des raisons que je ne souhaite pas
étaler.
Chapitre 1 bis
Retour dans cette salle des profs. Un collègue
s'assied à notre table et demande avec un brin d'ironie appuyée:
" J'espère que je ne vous dérange pas ?
- bien sûr ( ?) que non "
Il nous prête une complicité que nous n'avons pas (encore) ; ce
faisant peut être aide-t-il à l'amorcer.
Au cours de la discussion, après le départ de l'intrus, C°°°
m'apprend incidemment qu'elle aime la photo : je serai son guide pour
lui montrer les sites et lui permettre d'entrer dans des lieux peu
ouverts au public. Une journée à " marquer d'une pierre blanche
" - comme dit Lewis Carroll dans son journal-.
Chapitre 4
Nous arrivons un peu en avance au théâtre,
ostensiblement je montre mes invitations à la caissière : besoin de
montrer que (localement) je suis " connu " à défaut d'être
reconnu. C'est bien puéril certes mais c'est l'un des rares atouts de
l'âge.
Je crains que la pièce ne lui parle pas : c'est un essai sur la
vieillesse et la mort- cela pareît si loin de C°°° - jouée dans les
registres instables de la dérision et du pathétique. Un texte fort sur
une guignolade (il y a du Jarry là dessous), des mots qui font mouche,
une réflexion assez désespérée, tout cela lui plait. Sur la
banquette, à ses côtés, je guette ses réactions et ses rires : je
vis deux fois la représentation : à travers mes yeux puis les siens et
ce n'est pas exactement la même pièce.
Plus tard le pot prévu. Le Directeur est content des compliments
(sincères) qui nous lui faisons, il nous accueille très bien avant de
souper. Il va remonter la première partie de sa trilogie et nous invite
à une représentation privée qui se fera dans une quinzaine ( et des
délais).
C°°° accepte ave plaisir, et déjà je fais des plans pour notre
prochaine sortie …
Chapitre 2 ter
Une nouvelle attente indéfinie recommence. Il y a
toujours des prétextes pour continuer à nouer des conversations : la
pièce déjà vue - ça crée des liens - , la pièce à venir, le texte
de la pièce que je n'ai pas encore mais dont attend la photocopie, la
troupe du Circkub'U.
Des considérations météorologiques si nécessaire.
En dernier ressort la vie du lycée peut toujours fournir matière à
discussion.
Chapitre 5
Afin de mieux me faire connaître et lui montrer une
facette qui me semble positive, je lui prête quelques Calis que je
dépose à son domicile : un prétexte pour savoir où elle habite .
Ce sont les numéros 1 à 7 ( en tout cas les dates de parution semblent
indiquer ces numéros) . On y trouve des extrait du répertoire des
personnages de Raymond Queneau, quelques études plus ou moins
oulipiennes - qui devraient intéresser un(e) futur professeur de
lettres modernes - et les rubriques habituelles des premières séries
des calis.
Je me souviens qu'elle me les a rendu assez vite sans faire de
commentaire, les a-t-elle seulement lu ? ou trouvé que ce n'étaient
que coquecigrues et billevesées dont elle ne voyait pas du tout
l'intérêt ( à supposer qu'il y en eût un ).
C'est sûrement ce prêt fait spontanément qui à provoqué l'idée du
présent Calis : une façon apparemment anodine de faire passer un
message tout en se réservant l'issue possible de se cacher derrière ce
cahier si …
Chapitre 6
Etais-je invité, suis-je passé par hasard ? En tout
cas un après midi j'ai pris un pot au café avec C°°° . Elle était
en compagnie d'ami(e)s de son âge et je détonnais un peu.
Avec naturel, une bise sur les joues, un verre, bavardages croisés.
J'ai cru comprendre qu'elle sortant plus ou moins avec une jeune
policier stagiaire qui effectuait son service national. Là il n'y avait
pas photo : ils allaient bien ensemble - au sens de " étaient bien
assortis " -.
Je suis reparti assez vite.
Chapitre 7

Epilogue
Ici se termine pour l'instant cette nouvelle. La
rédaction laisse beaucoup à désirer, quelques idées et images
jetées en vrac ne remplacent pas un récit suivi. Il manque de "
liant " , le décor n'est jamais qu'esquissé, les personnages pas
décrits restent des zombis - on ne connaît toujours pas C°°°- .
Comment vibrer avec des personnages qui restent aussi désincarnés ?
Il y a là une sensation d'inachevé au niveau de l'analyse, un manque
de recul qui fait craindre un certain pathos … Quelques trop rares
images et figures de style, des artifices d'écriture que l'on peut
repérer dans un Gradus, des touches d'humour teintées d'un pessimisme
de bon aloi laissent espérer que, retravaillé, ce texticule serait
amendable.
Ne parlons pas du plan - ou plutôt de son absence - qui rend le texte
peu lisible en dépit de sa brièveté . L'impuissance à conclure,
cette dernière scène laissée en blanc montrent que le scripteur de
dédaigne pas, hélas, la facilité .
On se demande bien ce qu'un lecteur peut bien retenir de cette "
nouvelle "
Voilà donc ce texte, cette nouvelle presque écrite.
Le problème évoqué précédemment reste entier : qu'en faire ?
Cette apparente sincérité si complaisamment étalée
pourrait être une rouerie si elle n'était somme toute naïve - à
moins que ce ne soit là que réside la rouerie : elle s'avoue, se fait
provocation pour être mieux acceptée. Une rouerie au nième degré
n'est que naïveté (et réciproquement)
Pourtant, même si cette aventure n'est qu'un rêve,
je l'ai fait ce rêve que je lis en ce moment là devant moi avançant
vers une conclusion que j'aimerais bien connaître . Saint Anselme le
sait bien : le concept précède et entraîne l'existence ( dans le cas
de Dieu en particulier). Cette aventure oh combien incertaine ! a bien
été conçue fût-ce songe , elle a été alors le support d'autres
phantasmes au second degré qui à leur tour ont déclenché de nouveaux
rêves … Il y aurait beaucoup à dire sur cette cascade d'imaginaires
dérivant de la réalité.
Une pirouette pour s'en sortir : et si toute cette
aventure n'était qu'un prétexte à écrire ? Je n'aurais pas
l'outrecuidance frôlant le ridicule de croire que j'aurai pu impliquer
ma lectrice dans une histoire dont elle n'a que faire. Ah elle est bien
bonne ! Pour un peu j'aurai pu me piéger à mon propre rêve - et il
est difficile de s'éveiller, n'est pas Maître Tchouang ?
Je me donne encore vingt quatre heures (ou plus) pour
me décider à remettre ce texte ou non à sa destinatrice : cela me
laisse le temps de vivre plusieurs suites possibles à cette aventure
…
1 Je lui remets le texte
1.1 Elle s'y implique
1.1.1 Elle décide poursuivre le jeu (lequel ? à vrai dire je n'en sais
rien)
1.1.2 ?
1.2 Elle est mal à l'aise devant ce texte dont elle
ne voit pas (pas mieux que moi) la raison ultime
1.2.1 Elle décide de faire semblant de ne rien avoir reçu
1.2.2 Un " bonjour " gêné ma fait comprendre 1° que le
message est arrivé et 2° qu'il n'en sera pas accusé réception
1.3 Elle réagit :
1.3.1 Colère devant l'audace de faire semblant de croire que j'aurai pu
croire que …
1.3.2 Commisération
1.3.3 Amusement et surprise
1.3.4 Perplexité
1.4 Elle choisit d'y voir un canular
1.4.1 Qu'elle trouve drôle
1.4.2 Qu'elle trouve de mauvais goût
2 Je garde le texte par-devers moi
1.5 Pour l'instant en attendant qu'il soit terminé (que l'aventure soit
terminée)
1.5.1 Elle l'aura dès son départ
1.5.2 Selon la fin de l'aventure
1.5.2.1 Je lui remettra ce texte
1.5.2.2 Je réécrirai ce texte avant de lui remettre
1.5.2.3 Je lui offrirai un texte tout différent
1.6 Définitivement
1.6.1 L'aventure est finie
1.6.2 L'aventure continue mais je suis le seul à le savoir
3 Je veux lui remettre ce texte discrètement (voir
" acte manqué ")
3.1 Je me trompe de boite aux lettres et ne m'en rends pas compte
3.2 Je réalise la méprise longtemps après
7 " Ce dont on ne peut parler, il faut le taire
"
( L. Wittgenstein, Tractatus)
C'est une histoire qui aurait pu être si l'écriture
avait autant de force qu'on lui prête. On n'en connaîtra pas la "
conclusion " mais peut-il vraiment y avoir une conclusion à une
telle histoire - surtout si elle reste du domaine de l'irréel ?
Le seule conclusion c'est la fin pléonastiquement
définitive. Quoiqu'il advienne par la suite cette aventure s'est
concrétisée - sur une feuille de papier - et elle continuera sans
qu'il soit nécessaire que le scripteur la tienne à bout de bras.
Où est le rêve, où est la réalité ? Une aventure
incertaine s'efface comme le sourire du chat du Chestershire.

Ce Cahier de l'Amicale
du
Laboratoire d'Inventions Scientifique(s)
n'est pas numéroté
&
il ne fait partie d'aucune série
&
a pour titre :
Une aventure Incertaine
Cette édition a été tirée à deux
exemplaires. Elle a été réalisée dans
l'imprimerie spéciale du laboratoire d'Inventions Scientifique(s) le 10
mars 1990 (v.).

Appendice :
Une lettre à la rédaction des
cahiers …
X°°°
à
Monsieur le Rédacteur -en -Chef
des Cahiers de l'A.L.I.S.
Cher Monsieur,
Veuillez accepter tous les remerciements pour le
tirage spécial que vous avez bien voulu faire du Cahier de l'A.L.I.S.
à deux exemplaires. Il s'agissait pour moi de tempérer le texte que
vous connaissez et j'ai eu le sentiment que cette présentation quelque
peu particulière pourrait désamorcer certaines réactions, l'aspect
ludique semblant alors l'emporter. Je sais que mes demandes de mise en
page voire les choix de caractères ont du vous paraître tatillonnes
mais je tenais à cette présentation, la " forme " faisant
écho au " fond ".
Après avoir hésité vingt quatre heures, comme
prévu, j'ai remis le Cahier à C°°° en mains propres, pour éviter
l'hypothèse désastreuse n° 3. Ce fût, il faut bien le reconnaître
un nouveau prétexte pour lui rendre visite (sur le seuil de sa porte).
Une hypothèse que je n'avais pas imaginé est celle-ci :
1.5 " Elle garde le texte et ne le lit pas
(manque de temps, ne sait pas l'intérêt que je porte à cette
démarche, range le cahier au fond d'un dossier et l'oublie … ou tout
autre raison … )
Imaginez, Monsieur le Rédacteur mes affres. Ce texte
que je lui ai remis est maintenant comme une épée de Damoclès au
dessus de ma tête : chaque fois que je croise C°°°, je me demande si
elle a enfin pris connaissance de ce texte, je scrute ses réactions.
Jusqu'à aujourd'hui c'est toujours non, mais demain ?
Je me refuse à forcer le cours des choses en lui
demandant l'air innocent ce qu'elle pense du texte ou tout autre
subterfuge. Laisser agir le Clinamen est la voie de la sagesse mais ce
peut être stressant. Je ne suis pas plus avancé qu'il y a quinze
jours, j'attend la nouvelle représentation de la première partie du
Cirkub'u. J'espère qu'elle l'appréciera autant que la première dont
je lui ai remis le texte il y huit jours - déjà ! - (encore une
entrevue sur le seuil …). Dès le lendemain elle m'a fait savoir
qu'elle l'avait lu (celui-ci ) et apprécié : tout particulièrement ce
démarquage de Aurore de Chancel (1836) qui connaissait bien le
théâtre de tréteaux …
" On entre, on crie
" Et c'est la vie
" On baille, on sort
" Et c'est la mort "
En ce moment même où je finis ma lettre, C°°° est
peut être en train de lire une " Aventure incertaine " ou
peut être l'a-t-elle déjà lue, ou bien l'a-t-elle rangée au fond
d'un tiroir ou bien ou bien .
Finalement dois-je vraiment vous remercier d'avoir
permis cette Aventure de plus en plus incertaine ?
Puisse Faustroll m'éclairer des lumières virides de
sa chandelle et de la Science !
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur ,
l'expression de les sentiments les plus etc … etc …
X°°°
P-S. : Et si cette missive faisait encore partie de
cette Aventure Incertaine et servait de (fausse) conclusion à ce qui
n'a jamais été ?
Et si j'avais imaginé cette Aventure sans même
commencer à l'écrire : vous ne seriez jamais qu'un élément de mon
rêve … et disparaîtriez dès mon réveil, à moins que.
Et si, et si.
Vous voyez , Monsieur le Rédacteur, combien cette
histoire est embrouillée.
Acceptez encore toutes mes excuses pour vous avoir
retenu avec mes spéculations plus qu'hasardeuses alors que je sais
combien votre temps est précieux.
X°°°

Ce Cahier de l'Amicale
du
Laboratoire d'Inventions Scientifique(s)
Est un " spécial "
Une aventure Incertaine
il fait partie de la 3° série et ne
porte aucun numéro
C'est un retirage complété du Calis
spécial " Une aventure incertaine "
Il a été tiré à 23 exemplaires tous
nominatifs
en Clinamen 119 (v. Avril 1990)

Un échange de Mails